La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

508 LA REVUE SOCIALISTE deurs heurtent l'épée et Dieu tout-puiS,Sant et tout juste donne naturei'lement la victoire à celui des deux qui a pour lui la raison et le bon droit. De nos jours, personne n'a plus cette foi naï\'e. On va sur le terrain pour la galerie, pour le public, par vanité. Le duel dans l'armée e~t une absurdité cruelle. De tout temps, il a été autorisé et même imposé dans l'armée française. Dans l'armée allemande il est autorisé depuis 1874 ; il est recommandé dans l'armée Italienne, dans laquelle, à une période antérieure, il avait complètement disparu sous l'influence de quelques mesures éne~giques. En Angleterre et dans l'armée anglaise, ces mœurs de spadas,,.in sont mépris/,es et ridiculisées. M. Tarde propose une série de mesures telles que: lois sévères sur la diffamation, punition des duellistes, interdiction pour les journaux sous des peines sé\'ères de publier les procès-verbaux des rencontres. Ce dernier moyen nous parait heu,-eux : Quand il sera impossible de faire savoir aux badauds et aux oisifs des cercles et des cafés boulevardiers que l'intrépide X ou Z, Yendeur de prose pornographique nu fond-secrétière, a vaillamment reçu une écorchure au poignet, quand le duel ne sera plus un excellent procédé de 1·éclame à bon marché. on verra tous les châtouilleux de point d'honneur mettre de coté ce bagage encombrant et désormais improductif. Le chapitre sui1•a11t est une analyse critique très intéressante et très vil'e de l'ouHage de Lombroso sur le Délit politique. Arrètons--nous un instant à l'étude intitulée l'At(lvisme moral, non pas pour entrer dans la discussion, ce qui nous entrainerait à de trop long:s développements. mais pour montrer par une citation en quelle estime sont tenus auprès des gens qui pensent les trarnux d'un des esprits les plus éminents de la démocratie socialiste italienne, le docteur Napoléon Colajanni, auteur de l'ouvrage fameux à si juste titre qui s'appelle la Sociologie criminelle. « C'est un plaisir de discuter avec un esprit sincère et calme, aux « conYictions sans passions, aussi désintéressées qu'arrètées, dont la fixité « se déploie e~ une variété inépuisable d'ingénieux dél-eloppements, servis « par une vaste érudition. Tel est M. Colajanni, et voilà pourquoi, bien « que je me félicite hautement d'être d'accord avec lui sur tant de points « et de pouvoir m'appuyer souvent sur le résultat de ses solides recher- « ches en statistique, je ne sais si je ne suis pas tout aussi ravi de l'occa- « sion qu'il m'offre aujourd'hui de le contredire un peu ... <• l\Iais avant to:.it, que je commence par louer comme il convient son « beau livre sur la Sociologie criminelle. Jamais la question du type phy- « sique des criminels, ni celle des rapports du crime avec la folie, l'épi- « lepsie, la dégénérescence, l'hérédité, n'avaient été vues de si près, ni « sous tant de faces différentes, ni éclairées à la lumière de tant de chiffres « et de documents prii; un pet: partout, toujours aux bonnes sources. De « cet examen consciencieux il se dégage la preuve que les causes sociales « du délit l'emportent immensément sur ses prédispositions naturelle!!. » Le psychologue s'associe souvent et d'une façon très heureuse, chez M. Tarde, au sociologiste et au criminologiste. Ces divers problèmes se tiennertt en effet de ·très près. li· est même nécessaire <l'a-voirréfléchi à la plupart d'entre eux pour pouvoir comprendre arec une certaine pénétra-

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