CORRESPONDArïCE 199 Je ne dirai pas comme M..Yves Guyot que c'est aux ouvriers à subvenir aux ?esoins du camarade qu'ils ont élu: c'est un mauvais moyen qui ne peut être que transitoire. Ce qu'il faut, c'est que la loi mette à la charge, selon les cas, de la commune, du département ou de l'Etat, les fonctions électives incompatibles avec un travail régulier et qui, par suite, doivent être rétribuées. Voilà la seule solution à donner à cette malheureuse affaire, n'envenimons pas les choses ; au contraire, adoucissons-les. Que tout le monde admette qu'il y a eu,dans cette malheureuse grève, un malentendu. Que la société et les1 ouvriers rentrent tous dans le :statu f_JUO ante et que M. Calvignac abandonne l'usine tant que dureront ses fonctions de maire; y_u'enattendant une loi, ses camarades, ses amis se cotisent pour lui remplacer ses salaires, quant i.tblàmer M. Humblot de sa lûchPté, et d'avoir renié sa signature lûchemf'nt donnée, je comprends encore moins. Une signature comme une parole donnée, le couteau sur la gorge, n'a jamais pu avoir aucune valeur. Certes, je suis partisan des grèves dans la plupart des cas et je crois comme vous« qu'elle est le seul moyen de défense clu prolétariat sur le terrain économique (1) ». Mais pourquoi la violence qui va jusqu'à la menace d'assassinat aussi bien envers les patrons qu'envers les camarades? Les ouvrier::i n'arriveront donc jamais à comprendre (il est nai qu'au lieu de les y aider, on les pousse en sens contraire) qu'ils n'ont pas le dl'Oit d'empêcher de travailler ceux qui veulent continuer le travail ; que la première des libertés, c'est la liùeJ'té du travail, si je ne veux pas vous suivre clans votre grève, laissez-moi ; je me contente de ce que j'ai; peut-être ai-je tort: mais mon cli-oit absolu est de travailler clans telle condition qui me plaît non incompatible avec la loi. Tout ce que j'ai lu contre cette thforie, ne m'a jamais convaincu, au cout.raire. La violence est un mauvais moyen qui peut enlever aux ouvriers les sympathies nombreuses qui les entourent. J'en connais assez ùe vrais socialistes dans la classe bourgeoise travailleuse, de vrais amis des ouvriers ; nous cherchons à amener à nous ceux qui ne sont pas aujourd'hui avec nous; mais si nous réussissons quelquefois ne détruisez pas notre œuvre par des appels à la violence qui ne donnent, d'ailleurs aucune solution; par ces grèves sans juste raison qui ne servent qu'a apporter plus de misère parmi les travailleurs. :!\fais je me suis laissé entraîner sur cette question qui ne devait être que secondaire, je voulais, au moment où va se discuter le budget, demand6r s'il ne serait pas temps d'incorporer dans cette loi l'impôt progressif sur le revenu et sur les héritages. (l) S:>cialisme intégral, 2mc \'Olume, p. ~8. (tout ce qui est dit dans ce ch:ipitr.i est fort juste).
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