LUNDIS SOCIALISTES 47 En Icarie le peuple est souverain, et non seulement il fait sa constitution et ses lois, mais encore par ses représentants élus, il règle tout ce qui a trait à son organisation économique, à son administration, à son bien-être. Les travaux sont exécutés en commun et la répartition a lieu selon les be-soins, dans la mesure des ressources communes. Les repas sont pris en famille, hors les cas nombreux de banquets communs. Les Icariens croient en Dieu ; ils conservent la famille actuelle telle quelle, la femme restant mineure ; ils proscrivent le tabac et les alcools. Ce communisme était assez édulcoré et les apeurés qui, en 1848, firent de Cabet un épouvantail ne connaissaient guère le réformateur. JI était si peu révolutionnaire et si peu habile politique qu'au lieu de se servir de ses cent mille adhérents, pour créer dans le prolétariat un courant d'opinions sociales assez puissant pour arracher au gouvernement quelques-unes des réformes préparatoires qu'il avait inscrites sur son programme de transition, il détourna de l'action socialiste toutes les forces vives dont il disposait, pour les épuiser à la fondation d'une colonie communiste, en Amérique. Le fondateur y mourut en 1856, la Co11111uma11té t"carien11e, non sans épreuves et sans vicissitudes, non sans gloire aussi, subsista trente années encore ; mais sans rayonner et sans essaimer. li ne reste plus traces de tant de dévouements, de tant de sacrifices et d'une foi sociale si ardente ! ... Si de cette entreprise l'actif est nul le passif est considérable. Le répréhensible départ de Cabet et de ses plus actifs adhérents en 1848 porta en France un coup mortel à l'idée communiste, qui dans l'ordre théorique ne fut plus guère représentée que par des contemplatifs. Tel Villegardelle, l'estimable auteur de !'Histoire des idées sociales depuis l'avè11e111ed1u1tCbristia11isme, le traducteur de More, de Campanella et le commentateur de Morelly; tel encore Robert (du Var) l'auteur de l' Histoire des classesouvrières. Le communisme eut encore quelques sectateurs individuels mais, si l'on excepte le groùpe r~volutionnaire de Blanqui, il n'y eut plus de parti communiste. Après avoir passé sans s'y arrêter par le mutuellisme proudhonnien, le socialis•me prolétarien allait trouver son expression définitive dans le coll::ctivisme, où sont combinés le concours dans la production, la justice dans la répartition et la liberté dans la consommation des richesses. Ainsi a été remplacé par une plus srientifiq ue et plus progressive doctrine la glorieuse utopie communiste qui, jusqu'à la Révolution française fut la seule expression économique de toutes les protestations sociales. Mais ses desiderafa demeurent; Auguste Comte l'a dit : Le communisme ne comporte d'autre réfutation que la solution du problème qu'il pose. Ce n'est pas en ce moment où des millions de prolétaires crient
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==