4ï6 LA REVUE SOCIALISTE la recherche même du travail, dérober à qui n'a rien et ne fait 1·ien, c'est d'une jolie subtilité. Les bureaux de placement qui, entre les mains de quelques habiles, ont réalisé ce tour de force, mériteront certainement une mention particulière dans l'histoire économique et sociale de notre siècle. Malheureusement, les victimes ont eu le mauvais goftt de protester bruyamment : Quelquesunes même ont, je crois, employé la dynamite. Aussi les pouvoirs publics se sont émus. Quelques députés ont déposé d'excellentes propositions de loi relatives au placement gratuit des ouvriers et employées. Ces propositions viennent d'être l'objet d'un rapport favorale de la part de 1\1. Arnauld Dubois, député (Annexes, Chambre, Session ordinaire 18()2, pages 97-:1 à 990; Annexe n" 20G7). Ce rapport conclut 'à l'organisation par les municipalités de bm-..,aux de placement gratuits. Les bureaux qui fonctionnent actuellement et qui exigent une rétribution pour leurs services seront libres de continuer leur industrie. Mais il est bien probable que la concurrence des bureaux municipaux gratuits ne tardera pas à leur être funeste. L'auteur est opposé à leur suppression; car il ne veut restreindra aucune facilité ni aucun mode d'embauchage. Les dépenses nécessaires au fonctionnement de ces services publics seront mi-partie à la charga des communes, mi-partie à la charge de l'Etat. Nous savons bien que ce n'est pas là peut-être la solution prJférée du parti socialiste, lequel confierait volontiers aux syndicats cette mission, de façon à accroître l'importance de ses organismes nouveaux, de façon à montrer aux travailleurs que le syndicat est pour eux une institution protectrice, bienveillante, une sorte de famille. Un tel service rendu hâterait singulierement l'organis::ttion corporatiYe de la classe ouvrière et par ce moyen doublerait sa puissance. Mais le projet de loi laisse liberté complète it tous de s'occuper du placement des ouvriers, concurremment avec les bureaux communaux gratuits. En terminant, un petit mot. Dans le consciencieux rapport de M. Barodet concernant les engagements électoraux des députés, nous trouvons que 321 programmes promettent l'établissement de droits protecteurs. Les députés sont restés sur ce point dans les termes de leur programme. Qu'ils aient eu tort ou raison sur le fonds même de la question, nous devons les féliciter de cette fidélité à la parole donnée. Mais ce qu'il y a de surprenant, c'est que la même statistique mentionne :HGengagements fermes pris en faveur de la révision de la con.~titnf1'on. Ces 346 députés constituent une forte majorité qui aurait pu réviser, mais qui n'a pas voulu. A. DELON.
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