La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

462 LA REVUE SOCIALISTE Ja forme d'une chronique littéraire la grave question de la socialisation des mines? Cette réforme n'en est pas moins, de toute urgence, réclamée par la justice et par l'humanité. Pour le démontrer, nous pourrions prendre argument des conflits que par sa rapacité meurtrière et constants abus de pouvoir suscite le patronat minier qui, non content d'exploiter sans merci les prolétaires qui lui assurent de si gros dividendes, prétend encore les asservir politiquement ; mais nous préférons rester sur le terrain de l'utilité générale. En sa forte étude sur les services publics da11s les sociétés futures, César De Paepe motive fortement le retour à la société des richesses du sous-sol, criminellement aliénées par des gouvernants prévaricateurs. ,( Il en doit être ainsi, dit-il: 1° Parce que les mines, carrières, etc., sont nécessairement des monopoles, puisque les terrains à houille, à minerais, à marbre, à pierre bleue, à pavé, à ardoise, sont néces~airement assez limités, et que tout monopole aux mains des particuliers ou d'association quelconques peut devenir le point de départ de spéculation et de rançonnement exercés sur le public ; (< 2° Parce que l'industrie houillère en particulier, par suite de la substitution de plus en plus générale de la machine à vapeur au travail musculaire de l'ouvrier dans presque toutes les industries, doit distribuer régulièrement à tout l'appareil industriel moderne son pain quotidien, qui est la houille, c'est-à-dire le calorique, c'est-à-dire le mouvement; et que, par suite de cet état de choses, la production moderne se trouve sous la dépendance de l'industrie houillère, laquelle est ainsi devenue un véritable service public d'un genre particulier, un service public destiné à fournir à la production son aliment indispensable, l'élément essentiel de sa vitalité: la force motrice. » Tel est bien défini le caractère social de la propriété minière. Les concessionnaires n'en ont guère souci. Un délégué mineur très modéré et qui est actuellement membre du Co11scilsupérimr du Travail, formula dans un Congrès d'ouvriers mineurs au nom de la Chambre Syndicale des Mi11eursde la Loire ces graves accusations qui ont fait le tour de la presse et n'ont été l'objet d'aucune rectification : (( Messieurs les actionnaires veulent que leurs actions df\ublent, triplent, quintuplent. Pour cela, ils font participer messieurs les ingénieurs aux bénéfices, ils les forcent à faire sortir beaucoup de charbon avec peu d'ouvriers et peu de matériaux. (( Ils' e11rnitde nombreux nccidmts et despertes considérables dt:bouille!, mais que leur importe que la propriété n:itio11ale soit gaspillée, qu'elle soit écrasée, foulée aux pieds l'humanité, pourvu que leurs coffres-forts se remplissent !

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