458 LA REVUE SOCIALISTE liards. Ce n'est pas être au-dessous de la vérité d'évaluer à un milliard et demi par an l'accroissement continuel des dettes publiques; et si dans les lignes ci-dessus nous laissons entrer en ligne de compte les dettes communales, on peut estimer à 130 milliards au moins la valeur représentative des titres que les Etats et les Communes jettent sur le marché financier en proie aux spéculateurs, qui n'ont que l'embarras du .:hoix, car de plul en plus la fortune publique prend la forme financ1ere. Auguste Chirac a dressé pour la France le tableau suivant : ANNÉES îaliurshaocièm Titm, ,ni. mobil. Totaœl obilim milliards milliards milliards 185 1. ..••• 3.870 2 9· 543 34.413 1870...... 6.343 49. 596 55.939 1882...... 35• 572 70.816 106.388 Ces données nous apprennent que de 185 1 à 1882 c'est-à-dire en trente ans, les valeurs mobilières autres que les financières, ont un peu plus que doublé, tandis que les valeurs financières seules ont décuplé. Les pirates ont de quoi pirater et ils n'y manquent guère. Chaque jour ce sont des déconfitures nouvelles dans lesquelles,· en raffiant les millions par centaines, on ruine les familles par milliers. Les aute:irs de ces opérations en sont quittes au pis-aller pour quelques mois de prison et les plus grands coupables sont toujours indemnes, tant la justice est douce aux grands fripons. Et le mal va croissant d'une façon vertigineuse. On a proposé bien des moyens de sévir contre les agioteurs; l'histoire nous apprend que même appliqués par des gouvernements énergiques, ils ont toujours été impuissants. On pourrait gêner l'agiotage par quelques sévères dispositions légales, mais on ne le supprimerait pas; et nous trouvons assez bien motivées ces paroles déjà anciennes de M. de Villèle à la Chambre des députés de la Restauration: « Il n·y a qu'un moyen de tuer l'agiotage: c'est de renoncer à votre système de crédit. Mais tant que vous sentirez, comme nous, l'indispensable nécessité pour un pays comme la France, de recourir à des emprunts le jour où sa sûreté peut l'exiger, ou même sa prospérité le lui demander, il faut bien conserver tous les moyens de crédit... Tant que vous sentirez la nécessité de conserver cette ressource extraordinaire du crédit pour les circonstances extraordinaires, vous êtes soumis à la pénible condition d'en subir les conséquences fâcheuses : l' a.~iotage. » Rien à répondre ; les emprunts d'Etat et les emprunts communaux sont le plus puissant élément d"agiotage, ils en sont aussi le plus irrésistible excitant. D'où il ressort qu'en demandant la graduelle extinction des dettes publiques nationales et communales, réclamée par le socialisme, on
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