LA DÉBACLE 431 Nous avons vu dans l'analyse du livre de Gromier (Joitrnal - cl'un vctincu) combien la répression de'la Commune avait été épouvantable, et lâchement féroce. Zola nous apporte à son tour un nouveau document et voici un passage de la Débâcle (page 626) fort affirmatif : « Deux jours se passèrent, le jeudi et le vendredi au milieu ùes mêmes incendies et des mêmes massacres. Le fracas du canon ne cessait pas ; les batteries de Montmartre dont l'armée de Versailles s'était emparée, canonnaient sans relâche celles que les fédérés avaient installées à Belleville et au Père-Lachaise ; et ces dernières tiraient au hasard sur Paris : des obus étaient tombés rue Richelieu et à la place Vendôme. Le 25 au soir, toute la rive gauche était entre les mains des troupes. Mais sur la rive droite lei,;barricades de la place du Château-d'Eau et de la place de la Bastille tenaient t.oujours. Il y avait là deux véritables forteresses que défendait un feu terrible incessant. Au crépuscule, ùans la débandade des derniers membres de la Commune, Delescluze avait pris sa canne, et il était venu d'un pas de promenade, tranquillement jusqu'à la barricade qui fermait le boulevard Voltaire, pour y tomber foudroyé, en héros. Le lendemain, le 26, dès l'aube le Château-d'Eau et la Bastille furent emportés, les communards n'occupèrent plus que la Villette, Belleville et Charonne, de moins en moins nombreux, réduits à la poignée de braves qui voulaient mourir. Et, pendant deux jours, ils devaient résister encore et se battre furieusement. « Le vendredi soir, comme Jean s'échappait de la place du Carrousel, pour retourner rue des Orties, il assista, au bas de la rue Richelieu à une exécution sommaire, dont il resta bouleversé. Depuis l'avant veille, deux cours martiales fonctionnaient, la première au Luxembourg la seconde au théâtre du Châtelet. Les condamnés de l'une étaient passés par les armes dans le jardin, .tandis que l'on traînait ceux de l'autre jusqu'à la caserne Lobau, ot\ des pelotons en permanence les fusillaient, dans la cour intérieure, presque à bout portant. Ce fut là surtout que la boucherie devint effroyable.Des hommes, des enfants condamnés sur un indice, les mains noires de poudre, les pieds simplement chaussés de souliers d'ordonnance, des innocents dénoncés à faux, victimes de vengeances particulières, hurlant des explications, sans pouvoir se faire écouter ; des troupeaux jetés pêle mêle sous les canons des fusils, tant de misérables à la fois, qu'il n'y avait pas de balles pour tous, et qu'il fallait achever les blessés à coups de crosse. Le sang ruisselait, des tombereaux emportaient les cadavres, du matin au soir. Et par la ville conquise, au hasard des brusques affolements de rage venger.esse, d'autres exécutions se
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