La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

40 LA REVUE SOCIALISTE aspirations ouvrières en les lançant dans la lutte des inlérêts capitalistes; car le service public interdisant à l'ouvrier de devenir propriétaire des moyens de production, ce n'est pas son salaire, quelqu'augmenté qu'il soit, et les assurances contre la maladie et la vieillesse, qui le rendront jamais un capitaliste possédant des capitaux mobiliers. Tant que l'Etat bourgeois et capitaliste restera à la tète des services publics, l'ouvrier trouvera d'amples sujets de plaintes, dans le fait qu'une trop grande quantité de produits créés par sou travail ira au capital, au lieu de rémunérer le travail, et les nombreuses conséquences de ce fait laisseront subsister un état de choses que l'ouvrier voudra nécessairement renverser. Ainsi il n'aura instinctivement aucune raison ponr appuyer l'Etat bourgeois. Nous voyons que si d'un côté cet Etat reçoit un accroissement d'importance en devenant propriétaire des moyens dè la production sociale, d'un autre côté ayant affaire directement aux ouvriers, il introduisit dans son fonctionnement mêm<~ de nombreux germes de mécontentement et de révolution. Ce n'est donc pas travailler à la •consolidation du pouvoir de la bourgeoisie, et partant méconuattre les intérêts de la classe ouvrière, que de. réclamer, comme le fait le sociali~me possibiliste et réformiste, la création des services publics. Les Marxistes semblent croire que les ouvriers d'Etat ont n~cessairement pieds et poings liés. Cela peut être vrai tant que ces ouvriers-la restent en nombre très minime et doivent craindre la concurrence de tous les ouvriers moins avantagés de l'industrie privée. Mais quand la majeure partie de celle-ci sera transforméP, en services publics, les ouvriers de l'Etat formeront aussi la majorité ouvrière et, par cela même, pourront agir sans précaution particulière. Et l'ouvrier étant chose dont on ne pourra pas plus se passer alors que maintenant, il sera tout aussi impossible au patron social de ne pas subir ses réclama- .tions, qu'il l'est actuellement au patron individuel. Comme les producteurs de l'Etat feront eux-mêmes partie de l'engrenage administratif, les ouvriers seront parfaitement placés pour distinguer le mal que l'administration gouvernementale devra corriger en vue de leur bien. Dans de pareilles conditions les portevoix ne manquent jamais. Une foule de candidats aux élections se décideront à inaugurer une voie véritablement réformiste. Des études ont déjà été faites ~ui peuvent servir de base à l'élaboration d'un programme de réformes. Le second volume dn Socialisme Intégral de M. Benoît Malon, constituent sur ce sujet une œuvre de grande importance. Après y avoir exposé

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