38 LA REVUE SOCIALISTE la propriété de l'industrie. Cela peut se faire soit par un marché particulier passé entre patrons et ouvriers, soit par une· vente aux enchères. Et les ouvriers seront plus d'une fois capables de se rendre de la sorte acquéreurs, car ùès maintenant ils trouvent moyen d'avoir à leur disposition, comme aide ou comme secours, des fonds assez considérables. Ainsi les mineurs qui ont acheté la mine de Monthieux au prix ùo dix mille f.rancs. reçurent d'importantes sommes de plusieurs conseils municipaux, et un ancien ministre, bourgeois s'il en fut, M. Constans leur fit voter par la Chambre, une somme do cinquante mille· francs, destinés à couvrir leurs premiers frais d'exploit1:1tion. 11 va sans dire que des acquisitions faites par des ouvriers, conclue:, sous les lois actuelles, ue peuvent se produire que pourdes établissements particuliers assez restreints, tels qu'une métallurgie, une usine particulière, une mine isolée. Il n'est pas à supposer que tout un corµs de métier, les mineurs, par exemple, ou la fédération des métallurgistes trouve jamais des sommes. assez fortes, ou des conditions de ventes assez avantageuses pour pouvoir acquérir à la fois tout le sous-sol minier ou toutes les métallurgies. C'est la grève générale d'une industrie éclatant au moment propice, qui seule pourra dans dP-scirconstances. spéciales, faire passer la propriété totale de l'industrie de la main des patrons dans celle des ouvriers. Il suffit pour cela, d'une part, qu'il se trouve au pouvoir un gouvernement à concessions, sans principes définis de socialisme d'Etat, et d'autre part, que les ouvriers de cette partie de la production possèdent une forte organisation syndicale et fédérative. Quant aux résultats sociaux qu'entraineraient ces victoires. d'un certain nombre de prolétaires sur un certain 110mbre de· possesseurs bourgeois, on a pu déjà apercevoir leur faiblesse. Le. développement général de la société capitaliste ne serait nul-• lement modifié. En fait des associations d'ouvriers capitalistes auraient été créées, c'est-à-dire un plus grand nombre de capitalistes, mais entre ces associations subsisteraient les antagonismes. existant aujourd'hui entre capitalistes, et avec de tels élémeuts. de division pour la classe ouvrière, le désordre actuel de l'offreet de la demande, la déterminat\Oil anarchique de la valeur, l'instabilité du travail n'en règoe11aient pas moins dans l'organisme économique. Aucun principe. nouveau n'aurait donc été introduit dans la société ; la seule con~équence obtenue par cette propriété passant aux mains de certaines catégories d'ouvriers, serait de détourner le mouvement ouvrier de sa manifestation commune et collective, ou tout au moins de la retarder indéfiniment.
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