La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

L'ASSOCIATION OUVRIÈRE ET L'UNIONISME ANGLAIS 389 :sociétés très indépendantes, constituées par métiers et divisées souvent par localités ; et ce n'est que dans le mouvement général ouvrier qu'on peut les prendre en bloc. Mais en mainte circonst'.lnce particulière une Trade Union se conformera à certains intérêts spéciaux à ses membres. Parfois même telle ou telle Trade Union pourra paraître individualiste, c'est-à-dire peu préoccupée des désirs des autres Trades Unions du pays. Les questions de métiers ont ici leur influence. N'ont-elles pas déterminé quelques Trades Unions à se montrer hostiles à la journée de huit heures? Les peintres, par exemple, qui ne peuvent exercer leur métier que <lansla belle saison, veulent faire alors des journées aussi longues que possible, afin de gagner des salaires soit-disant aussi élevés que possible, et ils ne se laissent guère tenter par la journée ma.rimwn de huit heures. Mais les peintres, en cette circonstance, ne tiennent pas compte de ce que les salaires augmentent à mesure que les journées de tranil diminuent. La main d'œuvre, en effet, étant alors moins pro<liguée, est payée plus cher. Toutefois nous n'avons pas à entrer ici clans une discussion théorique : nous voulions montrer simplement que les Trades Unions peuvent différer par leurs désirs particuliers, comme nous allons les voir différer par les richesses et par certains détails de leurs constitutions. Les unes, en effet, s'arrangent de façon it subsister avec des cotisations de leurs membres de 2, 3 ou 4 sous par semaine, (1) tandis que d'autres prélèvent des cotisations de 20 à 25 sous pour le mème temps. De même, les unes ont une organisation très centralisée, tandis que d'autres laissent beaucoup d'indépendance à leurs Ù1'etncltes, c'est-à-dire à leurs subdivisions. Les unes soumettent leurs membres à des règles d'apprentissage, qui les obligènt it pratiquer leur métier trois, quatre, cinq et même sept années avant de pouvoir être reçus dans les Trades Unions. D'autres au contraire n'exigent aucun apprentissage. Voilà bien des différence.;; entre ces sociétés. Il en résulte de sensibles inégalités dans la situa- • tion des Trades Unions. Et ces inégalités qui les divisent en riches et en pauvres, en puissantes et en faibles, en organisations très serrées et organisations moins solides, ne sont pas sans avoir sur les Trades Unions l'influence qu'elles ont sur les personnes : parfois bien des rivalités s'ensuivent. Les rapports deviennent alors tendus ;telles et telles Trades Unions se traitent comme des sociétés étrangères et même ennemies. Et cela a dégénéré plus d'une fois en luttes très vives. Mais hâtons-nous de dire que ce ne sont là que des exceptions .à la ràgle, ou tout au plus des rivalités provenant de circonstances (L) Statistical tables, page 38 et suivantes.

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