362 LA REVUE SOCIALISTE détachons le passage suivant, qui n'est qu'une brillante et opportune paraphrase du mot de Karl Marx: « L'émancipation des 'fravailleurs ne sera l'œuvre que des Travaillèurs eux-mêmes. >> A~Dl{EA CosTA. (Signes d'attention). - Fidèles à notre vote du 26 mai, nous repousserons aujourd'hui le projet de loi proposé pai· la Commission ainsi que l'amendement du ministère: n'entendant pas donner une heure seule d'exe1·cice provisoire à qui n'a pas notre confiance. Entendons-nous, d'ail!P.urs. La raison, pour laquelle nous refusons notl'e vote, n·e~t pas la même pour laquelle les autres partis refusent le leur. Et pour nous ce n'est pas une question d'hommes. Ce n'est pas une question de Droite 011 de Gauche. Au risque de m'attirer les foudres de beaucoup de mes collègues. je considére la Droite et la Gauche et aussi désormais l'Extl'ème-Gauche comme des formes historiques épuisées, que l'on tente en vain de faire revivre et à la résurrection dc-squellPs, à parler franchement, nous croyons tous bien peu. En face de la question sociale, toujours plus pressante, plus imposante, l'orientation des partis ne peut plus être celle du passé. Deux grandes tendances, deux grandes forces peuvent seules, rationnellement, logiquement, être en lutte aujourd'hui, le parti conservatt!ur et la démocratie sociale; la bougeoisie et la classe ouvriè1 e: celle-là pour conserver sa prédominence économique et politique sur la société; celle-ci pou1· conquérir avec le pouvoi1· polit:que son émancipation sociale. La lutte n'est donc pas entre la Droite et la Gauche. La lutte logiquement, fatalement, est une lutte de cla~ses. Le problème ainsi posé, et c'est ainsi que nous le posons, est supérieur aux hommes et aux partis. Le pl'Oblème ainsi posé touche à l'essence même des institutions ; et aussi longtemps que dureront les actuelles institutions économiques et politiques, que se succèdent au ministère Crispi. di Rudini ou Giolitti, que s'y sui"ent demain Cavalotti, Mussi ou Imbriani, la classe tranilleuse, la grande force vive de la nation, n'aura aucune raison d'espérer sa propre émancipation. Nous qui ne promettons, hono1·able Fortis, des choses impossibles et d'autant moins impossibles que nous c1·oyons pouvoir les réaliser prochainement, nous disons à la classe ouvrière: qu'elle ne doit compte1· que sur elle-même pour s'émanciper; et puÏfque nous désirons à la veille des élections, po1·ter entier 'notre progrardme devant les électeurs afin qu'ils le jugent, puisque nous voulons non cacher ou replier notl'e drapeau, mais le faire flotter librement devant les urnes, nous disons qu'en votant ici cont1·e le ministère, nous ne votons pas pour de mesquines raisons d'hommes ou de parti, mais pom· affirme1· les grandes idées qui nous animent. Et de ce banc, à fa classe ouvrière et aux hommes de cœ111e· t '.le bon sens qui en embrassent la cause, nous crions : N'attendez rien du gouvernement 1 ·Sauvez-vous par vous-même 1 (Braoos à l'Extréme-Gauche, - très vifs commentaires). Ce discours de Costa a eu grand retentissement dans toute l'Italie et y a été reproduit par tous les journaux. Jamais en effet la situation n'avait été aussi nettement posée en Italie sur le terrain de la lutte des classes. Le Congrès ouvrier de Gênes vient de donner pleinement raison à Andrea Costa.
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