l\IOUVEJ\IENT SOCIAL EN FRANCE ET A L1ÉTRANGER 357 gnés de ce qu'un maire socialiste n'ait pas renoncé à la coutume qui lui donne le.droit de présider la distribution des prix du lycée de sa ville, de ce que M. le docteur Flaissière, maire de Marseille, ait osé parler « dans un établissement public sous le patronage <le l'administration, à côté des autorités en grand costume, près d'une musique militaire, chargée <le ponctuer, par ses fanfares, les sonorités de sa péroraison. >> Nous donnons ci-dessous la péroraison du discours socialiste prononcé par le Maire de Marseille. Mais auparavant nous tenons à reproduire un passage <ludiscours prononcé par M. de Vogüé à la distribution des prix du collège Stanislas. C'est devant de jeunes adolescents une fort saisissante évocation de l'Humanité : t< Enfant, je t'ai fait avec de longues souffrallces; depuis des siècles mes meilleurs fils ont peiné pour te préparer les voies. Tu vas poursuivre ta fin pat·ticuliè1·e; rien de plus légitime. Mais distl'ais pour moi quelque chose de ton effort. Je ne te demande pas seulement J'offre de ton sang dans les grands périls; je te demande le sai:t·ificequotidien d'une paresse, d"un préjugé, d'une part de tes goùts et de tes convoitises individuelles; je te les demande au nom ùe mes blessures mal fermées, pat· la voix de tous mes morts dans le passé, par la voix de mes enfants les plus faibles et les plus malhcut·eux dans le présent, de ces humbles que je te confie, puisque Je sort t'a désigné pour leur service, en te plaçant au-dessus d't!UX. » Aux termes près, le langage tenu par le maire de Marseple n'avait pas une autre signification. Seulement M. Flaissière a été plus précis, moins vaguement social, plus nettement socialiste. Enfin M. de Vogüé recommandait aux jeunes gens de se poser chaque soir la question suivante : « qu'ai-je fait aujourd'hui pour la grandeur de la France ? » M. Flaissière aurait dit : « pour la _grandeur de l'Humanité.» Voici la fin du discours de Prix prononcé par le maire de Marseille: La société actuelle est mal faite, elle imposr. des souffrances et des privations à des milliers d'hommes; elle réserve à certains le bien-~tre et l'aisance, -elle accorde, enfin, à quelques-uns, un luxe fastueux. Le superflu d"une classe est fait tout entier du labeur et de la misère de l'autre. Et si, inconscients des causes, nous demeurons indifférents dans une ,quiétude béatP.; si dans la torpeur des besoins satisfaits, si pat· une paresse <l'esprit inexplicable, mais réelle, nous considérons, comme nous appartenant légitimement, les choses qui sont le fruit du labem· des autres, nous sommes blâmables, et notre ignorance ne saurait être excusée, pat·ce qu'elle peut être dissipée. Nous serions de grands coupables, si, méconnaissant les sentiments de justice et d'égalité, nous ne commencions dès aujourd'hui, dans un vaste élan général, l'œuvre de réparation qui régénérera l'humanité. La société actuelle est mal faite; dure au peuple, elle n'a pour nous, bourgeois, que des faveurs, et je vous le dis, moi qui répudie la violence :
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