La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LA REVUE SOCIALISTE coopération, qui ne saurait être qu'un moyen, selon la juste expression du fécond et populaire écrivain socialiste belge, Louis Bertrand. De cette déviation vinrent les divergences qui ont si longtemps tenu à l'état d'hostilité déclarée socialistes et coopérateurs. Des deux côtés on en revient. Les coopérateurs admettent généralement que leur action ne peut-être que très limitée. Ils comprennent que les restreintes solidarités de ceux qui n'ont rien ou presque rien, sont impuissantes contre l'organisation patronale et commerciale qui remue des milliards, commande le travail, fait la loi sur le marché et détient, en méme temps que la presque totalité ,des forces productives, la masse des richesses produites et les grands voies de communication, avec leur immense outillage. Pour leur part, les socialistes voient dans la coopération, la possibilité de conquérir des améliorations immédiates et surtout un puissant instrument de discipline et d'éducation économique pour les prolétaires. Sur ce terrain on devait s'ente:-idre et de fait, depuis surtout que le parti ouvrier belge a édifié de puissants établissements ~oopératifs, en les considérant surtout comme un moyen de hàter l'avènement des transform1tions futures, coopérateurs et socialistes,se regardent comme les soldats, d"une armée qui, tout en étant divisée:en théories d'ordre diff~rent, tout en marchant d'un pas inégal, n'en vont ;:ias moins au méme but. Dans la Revue Socialiste et dans le deuxième volume du Socialisa1e lnlégral nous avons exquissé un historique sommaire de la co·opération; ic_i, nous devons nous borner à caractériser l'action coopérative et à dél011iter les possibilités auxquelles elle peut prétendre. Les innombrables expériences de plus de soixante années d'efforts, en Angleterre, en -France, en Allemagne, en Belgique, en Italie, aux Etats-Unis. en première ligne, nous permettent d'affimer tout d'ab:>rd que la coopération n'est véritablement efficace que sous la forme de société de consommation. Mais même dans ce cas, elle n'atteint encore que très partielie- • ment le parasitisme commercial et elle laisse!intact le parasitisme cap:- taliste autrement oppressif, autrement onére'..lx. li n'apparaît pas non plus, quoi que prétende dans son généreux optimisme un coopérateur éminent, M: Charles Gide, que les sociéfjs d: co11s:mu11atio11 puissent s.e multiplier et s'entendre au point de pouvoir réorganiser la production, . dans le sens de la justice. Dans la plupart des cas, la coopération est forcément impuissante ! sous la forme de sociétéd1 production, les conditions· de la production moderne nécessitant pour toute entreprise)mportanteJune quantit~ de capitaux bien supérieure à la totalisatio:1 des épargnes que peuvent réaliser les coopérateurs. li y aurait plus d'élément de succès da:1s les sociétés e:1 p.1rtic1Jatio1t;

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