La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

33G LA REVUE SOCIALISTE tamment menacé dans ses moyens d'existence, s'il se départ de la résignation douloureuse à laquelle sa pauvreté le condamne, se sente fort pour revendiquer ses droits méconnus? Il est impossible, a écrit avec raison un inspecteur de fabriques, ranglais Sounders, << il est imposible de faire un pas vers la réforme de la société, avec quelque espoir de réussite, si la journée de travail n'est pas d'abord limitée. » Cet inspecteur a raison, il faut d'abord humaniser le travail, et pas d'autre moyen que la limitation de la journée complétée par l'édiction de prescriptions hygiéniques et ce par voie législative. Nous ne prétendons pas qu'une bonne législation internationale du travail mettrait fin à la misère ouvrière et aux conflits sociaux, nous disons seulement qu'en adoucissant le travail dans son hygiène générale, dans snn intensité, dans sa durée, elle améliorerait considérablement la destinée de ceux qui vivent de salaires et hâterait les émancipations futures. Le seul fait de la diminution des heures de travail entrainerait les avantages suivants : 1• Diminution immédiate de la misère ouvrière par l'admission au moins temporaire dms les ateliers ou fabriques de centaines, de milliers de sans-travail ; 2• A\nlition du supplice des longues séances de travail, si douloureux et si meurtrier pour tant de millions d"êtres humains; ,' Développem~nt intellectuel et moral de la classe ouvriere fait, dont la portée révolutionnaire n'a pas besoin d'être demontrée, depuis que dans sa tres incisive Critique so~hle, ,\·JgJ;te Bl,inqui a magistralement fait ressortir l'incompressibilite d'un peuple intelligent et instruit; ce qui est vrai d'un peuple l'est d'une classe, a plus forte raison : tant sait l'homme, tant il vaut, car nous ne valons que par nos actes, et pour bien agir il faut savoir. Supposez donc que les perfectionnements mécaniques aient en dix ou quinze ans rétabli l'ancien état de choses sur les marchés du travail, la situation resterait autre, par ce fait que les individualités ouvrières ne seraient plus les mèmes ; et en dépit des meurtrières balan..:es de l'offre et de la de111a11de, l s capitalistes seraient quand mème moins puissants devant un prolétariat plus conscient, plus instruit, et qui, en outre, aurait profité des bonnes années pour introduire des garnisons socialistes dans les forteresses des pouvoirs publics et des administrations communales. A tous les points de vue donc, la législation internationale du travail ne présente que des avantages, et il n'est pas étonnant qu'elle soit à la fois réclamée par les socialistes de toutes nuances et par les ouvriers de tous les groupements professionnels. Bien entendu, nous parlons d'une législation internationale du travail s'appliquant aussi à la petite industrie, voire mème à l'industrie domestique, et se prfoccupant aussi des travaux agricoles ; il n'y a

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