La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LUNDIS SOCIAI.ISTES 335 A partir de 1866, ce sont les membres de l'Internationale (congrès de Genève, et congrès de Baltimore, septembre 1866) qui, en demandant la journée de huit heures, se firent les champions d'une législation internationale ouvrière. Ardemment préconisée de 1877 à 1880 par les allemands Karl Hirsch et Karl Hœchberg, par l'autrichien Kautsky et surtout par le belge César De Paepe, l'idée nouvelle devint bi~ntôt l'article premier du programme des partis ouvriers des Deux Mondes. En 188 1, elle fait un pas de plus, et, sur la proposition du colonel Frey. fut acceptée, par le gouvernement suisse qui tenta de réunir un congrès internationnal de délégués gouvernementaux du travail et, ayant en vue l'élaboration des lois protectrices des travailleurs. Ce fut sans succès d'abord; mais si active et si constante devint la propagande des Partis ouvriers que, quelques années après, les gouvernements ne purent repousser la proposition renouvelée du gouvernement suisse. Une conférence devait dans les premiers mois de 1889, se tenir à Berne ; elle se tint à Berlin de par la volonté perturbatrice du jeune empereur allemand. Déjà acceptée par la Suisse, et en principe par l'Allemagne, par l'Autriche-Hongrie, et ayant été l'objet d'une prise en considération à la Chambre française (proposition Camélinat) et au Conseil municipal de Paris (proposition Vaillant), la législation internationale semblait devoir être adoptée en principe par la Conférence de Berlin. Il n'en fut rien; le mauvais vouloir des délégués français, anglais, belges, espagnols, italiens stérilisa tout, et la question est encore pendante. Au moins elle est constamme~t posée avec une énergie croissante par les Partis ouvriers et socialistes qui finiront bien par l'emporter. Ce sera leur première grande victoire. Marx, que l'on n'accusera pas de trop se complaire aux étapes réformistes échelonnées sur la longue et pénible route au terme de laquelle verdoie, fleurit et fructifie la terre promise des futures justices socialistes, Marx ne s'y est pas trompé, et il a consacré le tiers de son monumental Capital à un récit à la Tacite de la longue et tragique lutte finalement victorieuse, qu'ont soutenue pour l'obtention des lois de fabrique le prolétariat anglais et ses alliés les progressistes, contre la sophistique économiste et l'avidité patronale. Et c'est bien vu. Exténuation et révolte, privations et force, incertitude du lendemain et fermeté ne vont guère ensemble. Le mauvais et dur Guizot l'avait bien compris, d'où son cruel et trop véridique aphorisme : « Le travail est un frein. » Il est un frein surtout avec les journées de douze, quatorze, seize, dix-huit heures, qui, torturantes pour tous, affaiblissent les forts et tuent les faibles. Comment voulez-vous qu'un hom~e épuisé de fatigues, et cons-

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