314 LA REVUE SOCIALISTE C'est bien, en effet, des justiciables qu'il s'agit, et de la société► autre forme de la même idée. C'est pour les justiciables qu'on a institué le jury qui doit être composé de leurs pairs ; et les droits des justiciables sont manifestement méconnus, puisqu'on les soustrait à leurs juges naturels pour les livrer à des fonctionnaires de la même catégorie sociale que les juges ordinaires qui, en principe, sont insuffisants. On ne viole pas les droits des citoyens, en écartant systématiquement du jury les ouvriers qui comptent pour les trois quarts dans la population, mais on les empêche de remplir un devoir. Ce qu'on viole, c'est le droit des justiciables. Pour tous les crimes ou délits commis par des individus issus. de la classe populaire, pour tous les attentats contre la propriété, les accusés comparaissent devant les membres de la classe bourgeoise, leurs ennemis nés, qui deviennent ainsi juges et parties. dans la même cause. Nous allons en voir les conséquences. On croit généraleme.nt à l'égalité devant la loi, parce qu'on a dans l'oreille les phrases sonores de la Déclaration des droits de l'Homme. Rien ne serait plus utile, cependant, que de revenir de cette illusion. La loi est une pour tous, mais il y a plusieurs manières de l'appliquer ; on l'applique aux pauvres d'une autre manière qu'aux riches. C'est un avocat général, un magistrat, qui va nous le démontrer. (1). On remarque dans le compte général de l'administration de la justice criminelle en France, (année 1888, page 11), « que les « gens complètement illettrés ne sont acquittés que dans la pro- (< portion du 24 %, tandis que ceux sachant lire et écrire le sont (< dans celle de 30 %, et ceux ayant une instruction supérieure « dans celle de 34 %. « Jusqu'en 1887, la proportion des acquittements pour cette cc dernière catégorie a même été de 38 %..... Et parmi ceux qui sont (< condamnés, les peines graves frappent surtout les illettrés, les. ccpeines relativement légères les plus instruits; en effet, les peines cc afflictives et infamantes sont prononcées contre les illettrés dans ccla proportion de 39 %, contre ceux sachant lire ou écrire, dans « celle de 35 %, et seulement dans celle de 24 % contre ceux ccayant une instruction supérieure, tandis que 32 % de ces derccniers sont frappés seulement des peines correctionnelles, 35 % « des seconds et 37 % des premiers. » Ainsi donc, les illettrés sont frappés beaucoup plus souvent ' (1) La 1•épression en matière pénale. Nouvelle Revue du l" Avril 1892.
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