La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

CABET ET LES ICARIENS 29i sur le point d'être obligé de quitter pour une question de discipline. Il s'était permis de donner quelques tapes à un écolier récalcitrant. Or, le code Icarien repousse d'une manière absolue les chàtimeuts corporels pour les enfants; ce que Lycurgue avait admis dans sa République militaire et ce que la libre Angleterre croit encore devoir employer pour inculquer la soumission au devoir dans les générations juvéniles. La sf\ule punition qu'autorisait Cabet était de priver les jeunes coupables de la société de leurs pères et mères le jour unique de la semaine accordé à la réunion des familles. Cabet, que ni sa femme ni ses enfants n'ont suivi dans son exode par delà l'Atlantique, s'était reconstitué en quelque sorte, une famille nouvelle beaucoup plus grande. Il veillait d'un œil paternel sur tous les petits de sa communauté comme si c'était les siens. Il badinait avec eux, leur distribuait des éloges ou des blâmes, participait à leurs jeux innocents. Aussi en était-il adoré et on les voyait, les moutards, se presser autour de lui, comme autrefois à Jérusalem sur le passage d"un autre nébi ou prophète, qu'il faisait revivre par un amour extrême pour les humbles et les petits. A ce spectable touchant, il m'a semblé plus d'une fois, assister à la reproduction de la plus douce idylle de la légende de Jésus de Nazareth. Il me disait alors cet homme, vraiment bon: << Voilà la graine d"où sortira la félicité sociale.» Les enfants enjoués, propres et bien portants réjouissaient la vue. Leur vêtement consistait en une blouse de toile rayée sur un pantalon d'étoffe légère ou épaisse suivant la saison. Une ceinture de cuir noir leur dessinait la taille. Toujours bien chaussés, ils contrastaient d'une manière avantageuse avec les va-nu-pieds américains ou allemands des familles non icariennes de Nauvoo où la colonie sur son plateau élevé forme une population tout à fait séparée. Le principal bâtiment, après l'école,contient la salle à manger ou le réfectoire qui a trente mètres de long sur dix de large avec douze portes et douze fenêtres. Là ce qui frappe d'abord sur des murs blancs et polis ce sont d'élégants encadrements ou cartouches: toute la doctrine communiste s'étale en aphorismes populaires dont voici les principaux : « Aime avant tout Dieu et aime ton frè1•ecomme toi-même. ll (( Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il t.i fit. » (( Fais aux autres ce que tu voudrais qu'ils te fassent, » (< De ('.hacun suivant sa force; à chacun suivant ses besoins, » « Chacun pom· tous; tous pour'chacun.)) « Tout à tous; rien à pers~mne. >> « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger. » « Qui fait ce qu'il peut fait ce qu'il doit. »

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