28G LA REVUE SOCIALISTE régime individualiste poussent à une transformation prochaine de l'organisation industrielle et commerciale. Avec une intensité égale, mais moins visible peut-être, ces mêmes phénomènes apparaissent déjà comme devant transformer, dans un avenir plus ou moins lointain, l'organisation agricole, placée entre les deux cornes de ce dilemme, qui se resserrent de plus en plus : - ou continuer les procédés de la petite culture personnelle et ùivisée, - et dans un temps indéterminé, mais dont l'échéance est fatale, périr, ruinée par la concurrence des pays à grande culture industrialisée ; ou, par des associations de propriétaires, des syndicats de communes ou tout autre mode de groupement des terres, des forces et des capitaux, adopter les procédés de l'industrie agricole moderne, et dès lors employer en grand les machines et les capitaux. Or, machines et capitaux sont les agents certains de la concentration des produits et bénéfices aux mains de quelques-uns. Ces agents opèreront là comme ils ont opéré dans l'industrie et dans le commerce. Et de tous ces petits propriétaires paysans, déjà, du reste, à moitié engagés dans le salariat, par le fermage, le métayage, le colonat, l'évolution économique fatale fera des salariés, des prolétaires au même titre que ceux des villes. Voilà comment il est vrai de dire que les forces économiques travaillent elles-mêmes, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou non, dans le sens d'une concentration des terres et des richesses aux mains d'une minorité de ploutocrates qui administreront it leur profit tout le travail national, répartissant l'armée ouvrière, industrielle et rurale, dans des exploitations de plus en plus v,1stes,comme nous le·voyons déjà pour l'industrie des mines, pour celle des transports, et pour la vente de tous les objets de consommation et d'usage ordinaires. Mais alors, quand le travail humain se trouvera ainsi réglé et organisé pour la plupart des professions naguère individuelles - ou du moins pour celles de ces professions qui correspondent à des besoins généraux ; - quand ces professions individuelles seront devenues collectives, puisque partout le chantier, l'usine, le bazar, tendent à remplacer le petit atelier, la boutique ; quand, grâce à cette concentration des machines et des capitaux, l'immense majorité des prolétaires, au lieu d'être isolés et éparpillés, se trouveront r~partis en vastes groupements, formant par leurs associations syndicales, des corps parfaitement constitués, (comme nous voyons déjà les associations des mineurs, des employés de chemins de fer, etc.); quand toutes ces diverses associations professionnellés, apercevant qu'elles ont un fond commun d'intérêts identiques, se coaliseront (comme nous voyons qu'elles tendent à le faire):-
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