La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

2i0 LA REVUE SOCIALISTE Hans doute, cette réorganisation totale ne peut être l'œu,re ù·un jour, ni d'un mois, ni d'une année, ni peut-être de bien des années. Mais il suffit qe l'opinion publique ou tout au moins que l'<'.•litcmilitante des penseurs, écrivains, hommes d'état, hommes d'action, qui, en tout pays, est à la tête du mouvement ùes idées et du mouvement politique et économique, soit résolument ori0nü~e vers le but à atteindre, et décidée à y marcher sans pr~cipit:ltion, mais aussi sans arrêt. Si, par exemple, il est démontré que le but à atteindre' soit la transformation de la propriété individuelle en propriété collective, s'ensuit-il que, du jour au lendemain, il faille décréter et réaliser cette tr,msformation en expropriant tous les possesseurs fonciers ou capitalistes? Personne ne le pense, et les collectivistes, moins que tous aulr?s n'ont garde de tomber dans cette utopie. C'est par degrès, c'est progressivement que cette tranformation s'accomplira, et beaucoup plus par l'action même des phénomènes économiques, tels qu'ils se développent déjà, avec une int,msité remarquable, que par le fait de Ir?-esures révolutionnai1·es plus ou moins violentes. Ces phénomènes économiques, ils agissent sous nos yeux, et nolli-,constatons pour ainsi dire matériellement leurs effets. « Le grand capital cl'aujourd'hui - dit Karl Marx,à la fin de s1 01·itiquP dn Capital, - tire son origine de la destruction des pâti ta:; propriétés (des petits artisans et des paysans) dans lesquelles le tr,wail et la propriété privée étaient réellement liés ensemble-, et dans lesquelles le travailleur était aussi le véritable propri<'.üi1•èùe ses moyens de production et du produit de son travail. Cette forme intérieurement équitable de la propriété privée, où. le tr,tvailleur était le libre propriétaire des moyens de travail pat· pl'évoil' les consèquences: ceux qui, convaincus de l'imminence fatale, incvitable du renversement plus ou moins vioient du regillle politico-économiquc acluel et de son remplacement par un règime nouveau, annoncent, prédisent, démontrent l'impoi,sibilité d"éviter une révolution ; ceux-là ne sont pas plus des l'éYolutionnaires, au sens positif du mot, que les météorologistes annonçant une bourrasque ne sont des faiseurs de tempêtes; que les astronomes, déterminant, d'après leurs calculs, le jour, J'heu1·e, la minute et la seconde d'une éclipse de lune ou de soleil, ne sont des provocateurs d'éclipses. La Révolution prochaine - comme toutes les grandes révolutions historiques - est la résultante d"uu ensemble de faits sociaux auxquels tous nous participons bon gré mal g-ré - comme les mille rouages d'une machine concourent à sou mouvement général. A ce titre, toutes les classes sociales, engagées dans l'action politico-économique moderne, sont autant de facteurs de la Révolution. Les bourgeois, par leurs rcsistances soi-disant conservatrices, sont aussi ré,·olutiounaires que les prolétaires, par leurs revendications socialistes. ,

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