La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

260 LA REVUE SOCIALISTE valu plus de 32 millions de dividendes sont mal Yenus de combattre si haineusement le gouvernement républicain qui a le tort de respecter leurs iniques privilèges ? Est-il bien sûr aussi qu'ils sont dans le droit et la justice, en dis:mt aux ouvriers qui les ont enrichis : « Votez pour nous contrd votre gueuse de République ou c'est la mort de faim, Humblot se charge de votre affaire ? >> De ces gens rien ne doit étonner, mais il est affligeant de penser que le gouvernement républicain ne sache pas rappeler it la pudeur les voleurs de la fortune publique et les sommer, sous peine de déchéance (1), de cesser de provoquer les ouvriers qui les enrichissent, d'avoir à respecter les décisions du suffrage universel. Au lieu de cela, il së fait leur dupe et leur complice en inondant Carmaux de troupes pour protéger l'odieux Humblot et pour faire réussir la malfaisante compagnie monarchico-ploutoc;ratique. dans son infâme calcul de réduire les ouvriers par la faim. Les ouvTiers grévistes d'Homstead ne se sont pas contentés de faire signer une démission à un valet qui, d'ailleurfl, s'est empressé, la peur cessée par l'arrivée des troupes, de renier lùchement la signature qu'il avait lâchement donnée. Les prolétaires américains ont fait parler la poudre et même la dynamite: le s:mg a coulé. En France, ce seraient l'affollement, l'état de siège, les répressions implacables, la réaction aveugle: en Amérique on se demande où est le droit, et voici les paroles que, sans soulever de protestations, M. Palmer a pu faire entendre au Sénat des Eküs-Unis: Les ouvriers ont le droit de ne pas quitter l'établissement (il s'agit des ateliers de M. Carnegie) et de vouloir y rester, et d'y être occupés. Les établissements industriels 11ontdes institutions d'intérét public, dans cc sens, que le public y a un grand intérêt et que leurs propriétaires doivent en conséquence, se conduire de manière à ne pas blesser les d1·oits de ceux sans le travail desquels leur propriété n'aurait aucune valeur! Les ouvriers ayant été engagés pour ·y travailler, ayant consacré le meil- (1) Etrange justice que celle de notre société! Pendant que le !Jaron Reille papillonne de conseil d'administration en conseil d'administration. et va. infatigablû et souriant, de jeton de présence en jeton de présence, il y a, par son fait, des consciences généreuses et intrépides sous les ve1Tous. !\lais, que les ouvriers restent calmes; l'opinion, mieux inforrr,ée, ne tardera pas à être avec eux. Deux choses sont à faire. Il faut que, dans un an, tous les républicains de la circonscription de Carmaux, quelle que soit l~ur nuance, aident les ouvriers à t·endre à la vie privée les politiciens grimaçants et malfaisants, juchés sur le tt-avail comme des singes sur un éléphant. Et il faut tout de suite que les hommes politiques de la rëgion avertissent le gouvemement que, sil laisse la compagnie commettre conwe les ouvders èlus d'aussi monstrueux abus de pouvoirs, il se rend comµli<'e ù'une violation du suffra~e unive1·sel. C'est bien par la faute de la <'Ompagnie que le tt·avail est suspenctu, et, si elle ne cède pas, elle encourt, légalement, la dèchèance. (Jean JAu1tEs, dans la Déptche.)

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