La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LES GRANDS FIEFS MODERNES ]ï5 Lorsque les lois existantes ont été reconnues insuffisantes, le Parlement n'a pas hésité à modifier la législation et à en voter • de nouvelles. En France, c'est tout le contraire.Les Conseils d'Etat de ran VII et de 1854.ont bien essayé d'enrayer le mouvement envahissant des monopoles en se refusant à émettre des avis favorables à leurs empiétements. Mais ces bonnes traditions se sont per.- dues et les résistances du Conseil d'Etat ont été vaines : !'Empereur ne pouvant faire sanctionner par les Chambres les monopoles qu'il avait concédés, a passé outre, en tournant la loi, et les a consacrés par de simples décrets. Ce procédé les entache d' illég:ali té. • Actuellement, c'est pis encore, on leur donne une plus large extension par simple circulaire ministérielle; le Conseil d'Etat, allant même plus loin dans· cette voie et ne pouvant les interprêter à sa guise comme monopoles de droit, les interprète en dehors du texte écrit des concessions et les transforme en monopoles de fait. • • • Ce réveil de la province que nous signalions en commençant, doit donc être salué avec joie par tous ceux qui ont à cœur l'espoir de voir la France s'affranchir de cette oligarchie financière qui l'opprime et l'exploite, corrompt les mœurs et crée les misères des travailleurs, celles des pl us humbles surtout, car, si le commerçant est directement frappé, c'est en réalité rouvrier qui, par répercussion. ressent les plus mauvais effets de ce système abusif d'exploitation. Paris, il faut bien le reconnaitre, reste inerte. La population milita,nte a bien d'autres choses en tête. Toute occupée de politique pure, de conceptions transcendantes, elle flotte dans de trop hautes sphères pour arréter sa vue sur de pareilles questions. Ces conflits d'intérêt sont trop terre-à-terre, leur positivisme se prête peu à des raisonnements quintessenciés, ils sont trop concrets pour être simplistes. Ce serait trop pour les amo11re11xde théories abstraites d'avoir à démontrer par des faits que si les revenus des milliardaires sont composés de gros sous prélevés un à un sur le prolétariat la faute en est à leur détachement des choses d'ici-bas qui laisse se perpétuer des abus f <tciles à supprimer. Paris trompe toutes les espérances. La presse, comme ignorante des abus sans nom que nous signalons, garde un silence de plomb - ou d'or. Ne nous attarq.ons pas à chercher l'intérêt qui la guide ou l'erreur qui l'égare.

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