î30 LA REVUE SOCIALISTE « Et si le parti terro1•iste est né chez nous, c·est parce qu'à tous nos efforts paciflques pour amener la grande Russie vers le régime de la liberté, le gouvernement a répondu par \es prisons, l'envoi de millie1·s d'hommes en Sibérie sans aucun jugement. « C'est de là que les premières mines et les premières bombe& sont venues. (< Que faire, en effet, sous un tel régime, sinon employer la violence? Puisque tous les moyens légaux nous manquent pour obtenir satisfaction. « Chaqne russe est à la merci de la police secrète. Po111u· n livre qui n"est pris défendit dans tout le reste de l'Europe, il peut être jeté en prison, torture et mis à mort! Comment voulez-vons que des hommes, ayant au cœur le sentiment de la dignité humaine, puissent subir, sans se révolter, cet excès d'ignominie et d'injure? Ce serait le contraire qui étonnerait. « Mais nous, dumoins, qnantl nous frappons, nous frappons héroïquement, noblement ; nous risquons notre vie pour supprimer celle du despote qui nous opprime. « Quand Padlewsky eùt appris qne l'ex-chef des mouchards, le général Seliverstoff, avait créé la troisième section (police secrète russe) en plein Paris, et qu'avec ses fausses dénonciations, il avait fait périr des centaines de Russes innocents qui, ne se doutant de rien, les malheureux ! retournèrent en Russie, Padlewsky, en plein jour, entra dans sa chambre et lui déchargea son révolver en pleine poitrine. « Si dans nos luttes contre le tzar, il y a eu des victimes, c'est parce qu'il ne pouvait jamais êlre pris seul. Or, ne fan t--il pas croire que l'honneur, la vie et la liberté de cent vingt millions. d'honimes, valent plus que la vie de quelques mouchards? Inconstestablemeut, n;est--ce pas? (< Si subir la torture et la mort pour la délivrance de son pays est un acte vraiment grand, que dire de l'acte héroïque d'un homme bon, à l'âme noble, emplie d'une pitil- infinie pour les pauvres humains souffrants. qui serait naturellement incapable de tuer même une mouche, et malgré toute son aversion à verser le sang, - qui se décide à tuer un homme dans le but de sauver son pays î « L'histoire, du reste, est là qui nous apprend que le tyrannicide est admiré par tous les peuples. Quel cœur n'a pas frémi en lisant l'histoire de Brutus, Harmodius ? La Suisse a élevé des monuments au régicide Guillaume-Tell. L'Italie, en élevant des monuments à Garibaldi, savait fort bien pourtant qu'il était carbonaro, c'est-à-dire régicide.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==