LE TERRORIS~IE RUSSE ET L' ANARCIIJS~IE OCCIDENTAL Ï29 de pouvoir éclairer ma religion, d'une façon absolument certaine, sur ce que vous êtes réellement. Ainsi, voyons, approuvez-vous les explosions de nos anarehistes? • A ces mots, mon _interlocuteur se redressa vivement, avec un geste résolu de dénégation; sa figure soudain, sïllumina d'un regard aux flammes d'apôtre et d'un sourire profond et doux: et, tandis qu'il parlait, sa tète intelligente rayonnait de l'auréole des martyrs; et j'étais empoigné malgré moi par toutes les fibres de mon être. - « Nous, approuver vos anarchistes? me dit-il, jamais l Comment approuver ceux qui tuent des enfants et des femmes? Ravachol et ses pareils ne sont pas, ne r,euvent pas être un parti politiq uc. << Non, non, monsieur; avec l'argent couvert du sang d'un vieillard, l'on ne peut fonder des journaux qui défendent la sainte cause révolutionnaire. Lorsque nous voulons punir l'homme qui a fait d'<'.•uormesinjustices, nous évitons d'en faire nous-mêmes de plus immenses encore en mettant eu danger la vie de simples innocents citoyens. << Kon, il n'y a là aucune trace de c<:q; ui fait l'héroïsme, la grandeur d'un parti révolutionnaire. << Le parti révolutionnaire doit, en effet, être moralement plus haut que ne le sont les régimes de la Société contre lesquP.ls il se révolte. « Au vice il oppose la vertu, à l'égoïsme l'abnégation sans limite, à la bestialité l'idéal, au servilisme la dignité. << Qui dit révolution dit changement pour le mieux, le bien être des masses, et non chambardement inutile et bête comme ces explosions. << Ainsi uous,eu Russie,si nous allons jusqu'aux moyens violents, si nous avons commencé à miner le Palais, les chemins de fer, et àjeter des bombes dans les pieds du 'l'zar, c'est parce que tous les moyens légaux pour la délivrance de notre pays nous sont interdits. Il y a là-bas cent vingt 1nillions d'hommes qui croupissent dans une abjecte servitude, menés comme un troupeau d'esclaves, sans aucune de vos libertés. « Kous n'avons,eu cffeL,ni de Parlement,ni de ConstituLion, ni de liberté de la Pres~e, ni de Suffrage universel, ni de liberté de conscience. '< Et pourtant.croyez-le biP.n,nous ne sommes pas un peuple qui mérite la honte de sa servitude. « li y a chez nous quarante millions d'hommes sachant lire et écrire et que l'on mène comme des brutes, avec le /mout et le cachot.
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