La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LUXDIS SOCIALISTES (î8!) instruments de travail devront ètrc employés, non directement par l'Etat. mais par les associations contrôlées par l'Etat et lui payant redevance. On devrait commencer par la socialis.ttion de la Banque de France et du Crédit en général; continuer par les chemins de fer, les rnincs, canaux, etc. Ainsi outillé, l'Etat pourrait créditer largement les travailleurs corporativement organisés et operer sans secousses la substitution du travail associi au lra.1.h11I salarié. On suivrait en cette œuvre la piste mèmc de la monopolisation, on org,miserait d'abord le travail industriel, puis le travail commercial, pour terminer par le travail agricole. DJns la nouvelle organisation, chaque travailleur disposerait librement de la remunération à lui attribuée par son travail. Louis 73/a,,c précisa encore, en sa célèbre et vibrante brochure sur l'Orga11isation du Travail, publiée en 1845, et il compléta l'idée de Pecqueur par son projet d'..Ateliers sociaux, qu'il faut bien se garder de confondre avec les fameux Ateliers nafiouaux de 1848. François Vidal fut aussi un collectiviste avant la lettre ; sa critique du capitalisme, qui précéda de plus de trente ans celle de Marx, est pleine J'aperçus de ce genre : Le travail est devenu une march::t.ndise tous les jours plus offerte et tous les jours moins dcmandee, une marchandise que le capital achète au rabais. Le travailleur, affranchi de la glèbe et des corporations, est désormais attaché a l'usine, et le moment est proche peut-être où l"on pourra s·en passer. Bien plus, l"homme est devenu un simple accessoire de la machine. une annexe à la chose, il lui est subordonné, il est en quelque sorte dominé, possédé par le capital et a la merci du capitaliste. La fortune, dit-on, s'acquiert par le travail. Oui, m.1is surtout par le travail d'a11trui. Une façon de robe est payée 6o francs. Une ouvrière fait toute la besogne et reçoit 11 francs, tandis que la tailleuse en renom, sans avoir ,nis la main à rœuvre, touchera 4.5 francs. Comrnent cela pourrait-il s·appeler? Un entrepreneur se charge de faire confectionner 100,000 chemises pour l'armée dont on lui fournit l'étotfe. et il traite à raison de ï5 centimes ; puis, ensuite, il cède son marché en détail à de pauvres femmes auxquelles il donne seulement :;; centimes. Comment cela s"appclle-t-il ? Ct"la s'appelle aujourd'hui faire le commerce, entreprendre la confection, gagner de l'argent par son travail et par son industrie !... Pour Colins, le but premier du socialisme devait être la nationalisation du sol, réalisable d"après lui par la limitation et la taxation du droit d'héritage. Nous pourrions continuer par le Docteur Guépin, Ch. Fauvety, Ch. Renouvier, Thoré, Joseph Rey, Flora Tristan, Jeanne Deroin, etc., mais ce serait dépasser notre cadre. De mème nous négligeons les représentants du communisme français à la mème époque, l'article qui suivra le présent devant leur être consacré et nous arrivons ainsi à Proudhon, implacable critique de ses devanciers et préconisateur éloquent et contradictoire de la doctrine mutuelliste qui fut un moment l'évangile du prolétariat.mais a dû céder la place au collectivisme. A cette époque Paris était bien le creuset du socialisme et selon le mot de Herzen " l'étoile conductrice des peuples". Là pensait, conspirait et travaillait !"élite de la France et de l'Europe ; là étaient réunis

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