La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

661 LA REVUE SOCIALISTE II. Par le premier cas, nous rentrons dans le marxisme, qui ne veut pas de demi-nwsures et dont la tactique consiste à préparer aux prolétaires, sur les possessions bourgeoises, un pouvoir tout d'un coup entier et absolu. « La révolution tout d'abord, c'est-à-dire l'expropriation politique et économique de la classe capitaliste. Les servicfls publics après, parce qu'après seulement la fusion des classes en une seule, celle des producteurs, des services véritablement publics seront possibles.» Ainsi s'exprime Jules Guesde, à la fin de sa brochure:« Services publics et Socialisme». Ce program::ne concis n'admet pas, on le voit, que l'Etat bourgeois enlève ù des capitalistes individuels ou associés, certaines branches de la production, tf'lles que mines, chemins de fer, etc., pour les tr-ansformer en services publics et les exploiter avec une l'églementation et des assurances ouvrières; c'est ce que demande au contraire le socialisme possibiliste ou réformiste afin de faire profiter les ouvriers de réformes immédiates. Le marxisme, pour sa part, ne veut réformer la société, que lorsque les marxistes seront les seuls maitres de cette société. De plus, Jules Guesde et P. Lafargue ajoutent dans le programme du « Parti ouvrier ». « Mais l'expropriation pour cause d'utilité publique, des expropriateurs pour cause d'utilité privée, est subordonnée à la prise en possession du pouvoir politique par la classe productive constituée en « Parti Ouvrier». Rien n'est plus pr(\cis: lïnterprétation rigoureuse de la doctrine de Marx trace aux prolétaires une actiou politique avant l'action économique.Il est certain que la possession de l'autorité gouvernementale rend seule possible l"extirpation radicnle d'un vice économique dont le ravage s'étend sur tout le corps social; sans le pouvoir politique, il ne sera jamais permis à la société collective de croitre librement sur les ruines de la société capitaliste. En déterminant comme but primordial la conquête du pouvoir politique, le système marxiste est donc d'une logique absolue; lui seul organi.,e le passage subit d"une société dans une autre. :\fais en fait de tactique cette logique si absolue ne se trouve-t-elle pas justement trop absolue pour être pratiquée dans la complexité des choses humnines? Certes, ce doit être l'idéal pour tout sociaiiste, que la marche de l'humanité aboutisse à la société collective, telle qu'elle se déduit forcément du programme marxiste,car on ne peut nier

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