La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

658 LA REVUE SOCIALISTE merce et tontes les terres, et demeurant l'unique possesseur et répartiteur de toutes les richesses terrestres. Certes, celui-là ne consommera pas pl ns de boissons, d'aliments ou de courtisanes qu'il n'en faut à une seule personne. :'viaisil aura beaucoup plus de pouvoir qu'il n'en convient. li sera le vrai Dieu de la terre. Si l'argent tendait seulement au plaisir, comme vers sa fin unique et naturelle, il s'arrêterait et se rassasierait. Mais il se repait d'orgueil et de vanité, il est insatiable et n'a ni arrêt ni repos, à moins de resplendir en pleine omnipotence divine. Cela précisément est diabolique, et l'argent, lorsqu'il s'arroge lui-mêine le droit de gouverner et de dominer, est dans la société humaine, la semence <lndiable. Dans Je mouYemcnt de la Réforme. l'on trouve parmi les contemporains ou les disciples de Luther de plus violents réquisitoires contre !'Argent que ceux de Luther Jui-mPmP. Ils brûlaient d'établir mème dans l'ordre civil et la société terrestre l'égalité absolue des chrétiens. Les pamphlets analysés par Jensens et qui portaient le titre de « Constitution de l'empereur Frédéric>> ou de« Réforme de l'empereur Sigismond », définissaient et proposaient la même forme parfaite du socialisme qui s'appelle aujourd'hui collectivisme. lis voulaient que tous les travaux nécessaires fussent accomplis par les soins de toute la nation, et grâce à la communion des citoyens, et qu'il. y eùt de grands édifices où toutes les choses nécessaires à la vie auraient été fabriquées socialement et vendues au juste prix. Telle est justement aujourd'hui la doctrine du socialisme allemand, laquelle ne pouvait être mise en pratique au XVI• siècle avec une poussière d'industrie disséminée et éparpillée à l'infini à cause de \"absence des machines. - Quoique se rapprochant darnntage du socialisme lui-même, ces pamphlets n"aidèrent pas autant an développement du socialisme allemand que les écrits de Luther, qui l'épandirent au loin, à travers les nations et les siécles, les violentes clameurs des misérables et les germes de l'égalité chrétienne. La Réforme imprégna pour ainsi dire le génie de l'Allemagne d"un esprit particulier qui se reconnait même dans son socialisme. En effet, si l'on compare le génie de la France et le génie de l'Allemagne, les Allemands concilient volontiers et unissent les contraires qui paraissent se combattre, tandis que les Frauçais embrassent avec amonr l'un des contraires, pour mieux haïr et écraser l'autre. Les Français opposent la raison à la foi, la liberté individuelle à la puissauce collective. Les Allemands interprêtent la religion chrétienne avec la raison; et ils assurent que la liberté de chacun peut seulement être établie

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