638 LA REVUE SOCIALISTE <lebout en haillons sur les pierres de la Bastille, et dont le poing fermé, menace le ciel et les palais, dont Ia colère se rue comme la tempête ». Certes, le visage est hâ,·e quand on jeûne depuis des siècles, la voix est rauque quand elle s'indigne des souffrances de l'humaniti-. Le sein rugit, lorsqu'il est plein de la soif<le la justice, et la main ni l'esprit ne reculent, lorsque dernnt eux, laissé au hasard de l'indifférence et du crime, se joue le sort du monde et qu'un tour de roue de la Fortune peut avancer ou retarder indéfiniment la longue attente ». Et Tridon continuant sa véhémente plaidoirie apostrophe, on verra arec quelle virulence, les tartufes du libéralisme, les comédiens de l'histoire. Eh! quoi de la pitié pour les coupe-jarrets de la Myauté qu'on châtie ! - quand le peuple a pendant dix-huit cents ans souffert toutes les tortures ! La haine contre les castes égoïstes n'est que pitié pour les maux populaires; la riolence du moment, c'est la hâte d'en finir a,·ee les abus, les préjugés. les misères, les oppressions». En maintes au!l'es pages, dans l'œune de Tridon, on retrouvera a1·ec cette chaleur dans l'accent, cette logique de la conviction profonde. Je n'insiste pas sur l'apologie de ta Force que nos lecteurs connaissent et je passe à l'étude suivante: La Gironde eti 1869 et en 1793. On trourera là plus d'un passage encore plein d'à-propos. Comme Tridon les hait, les Girondins, des hommes qu'il estime avoir youlu sucrer ta servitude suivant l'expression si originale de la Boétie. Les Girondins ont parlé de Liberté. Qu'entendent-ils par Liberté? « Liberté, répètent-ils en chœur, avec un accent cabalistique. Oui, la liberté de l'agio. dtt luc,·e, la liberté du harem et, par contre la liberté de la misère, de la faim, de la prostitution, du bagne, de l'hospice et encore? Est-ce que cette définition de la liberté girondine, n'est pas celle ~ncore des économistes libérâtres contemporains partisans du laisser faire, laisser passer. Qu'on le remarque, Tridon a presque autant de colère contre Robespierre le delste, c'est-à-dire qu'en sa loyauté de cœur, Tridon s'indigne contre toutes les hypocrisies, toutes les insincérités, toutes les comédies politiques. Aussi faut-il entendre les véhémences de langage de Tridon, non comme les preuves d'un violent caractère, mais comme l'expression d'une con,cience nette et probe que révoltent les infamies. C'est Champfort, croyons-nous qui a dit que l'on ne pouvait aimer les hommes sans devenir vers la trentaine, quelque peu misanthrope. Devant les iniquités de l'existence, quel esprit si pur, si désintéressé soit-il, n'a jamais songé à quelque coup de sauvage énergie pour purger le globe terraqué? Au reste, les actes de Tridon sont connus. li a agi toujours en convaincu, avec la dignité d'une inébranlable foi, sans jamais recourir aux ressources trop ordinaires des insincères, à qui il coûte peu de déshonorer une cause. L'hypocrisie, ah ! certes, Tridon la hait, c'est toujours dans ce même sentiment de mépris pour la fausseté, qu'il fustige ces patelins rhéteurs, ces apôtres menteurs, qui ne. songent à s'intéresser naiment au sort du peuple qu'aux veilles électorales.
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