La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

ÉCHOS ARTISTIQUES 623 Ce ne sera pas bien gai; ce qu'ils sont lourds et raidrs, ces pantins-là, ils ôtent l'envie de gambader; enfin le coloris est doux, et puis c'est toujours assez bon pour l'Hôtel-de-Yille ! Pas méchante la décoration à l'exception d'une belle toile de ChigoL Echouage par un gros temps, bon coloris, bon groupement. Les vagues malheureusement sont immobilisées, on dirait la mer de glace. Une grande toile attire le regard Les Conquérants, de Frétil. Cette œuvre qui n'est pas sans valeur, manque de vie, Sésostris, Attila, César, Napoléon s'avancent au milieu de deux rangées de cadavres. Malheureusement ces cadavres-là n'ont jamais vécu ; ils sont en baudruche. Le coloris froid et sombre s'harmonise, du reste, avec le sujet qui est réellement dramatique; les groupes sont bien cornpris, l'ensemble manque de chaleur. Il y a là toutefois une voie ouverte aux jeunes artistes progressistes. Des œuvres conçues dans l'f'sprit qui a inspiré Les Conquérants aideraient cunsidérablemen t le muuYement révolutionnaire, c'est ce qu'a parfaitement compris ,valter Crane, un anglais auteur d'une fort belle composition publiée le 1er Mai par le Figaro : Le Triomphe du 'J'ravail. En somme, aux Champs-Elysées les sujets d'actualité sont généralement éloignés, les compositions sages, la vie atténuée, la vibration des couleurs amorties; nous sommes bien dans un salon officiel, médaillé, protégé, enguirlandé; et cependant décolleté parfois jusqu'au nombril; mais en pointe et non à gorge déployée! L'influence des salons libres s'y fait pourtant sentir, puisque quelques maitres sont gagnés par la fièvre des nouveautés, et tombent dans le délire de la couleur. Bouguereau lui-même, l'impeccable Bouguereau, nous conduit dans un guêpie1·, nid d'amour où se blottit une belle Vénus pure de forme et d'exécution et, chose étrange, qui parait s'animer un peu sous la piqùre des amours. Le petit ange, hissé au côté droit de la Vénus, est raide et contrarie le mouvement d'ensemble. En revanche, celui qui est aux pieds est charmant, c'est à donner envie d'en faire un semblable ... pas en peinture. Parmi les portraitistes, Jules Lefebvre, l'excellent auteur de lady Gavira, a trouvé dans son portrait de Monsieur !11.L. Guy ce qu'ont vainement cherché Bonnat et Chartron en compagnie de Léon XIII le pape de Rome; et de celui que l'on a appelé le pape la1que, Renan: la vie matérielle idéalisée par la pensée : Chartron nous donne un portrait quelconqne de Léon XIII, assez brillant du reste. Ici, il est évident que la forme devait être vivifiée par l'idée. Le pape nous importe peu. Mais l'image de la papauté enchainée par le progrès, et dominant encore le monde par l'empire d'une idée ... fausse aurait été une démons-

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