La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

« L \ ~l.\:SIFESTA TIOX DU PRE:\IIER ~1.\1 ll ÜÜ'.:> La libe1•té du travail. \"os solutions sont fausses, nou8 dit-on souvent, pal'CCque les pl'incipes dont vous vous réclamez. sont en contradiction forn1clle et essentielle a,·cc les principes des sociétés rnoclrmes. Yous ne réussi1•ez pas. cal' ,·ous avez contl'e ,·ous le fai~ et le '.11·oit.ltéùuire arbitrail'emcnt la jOUl''.léCde ll'arnil à huit hcu,·cs, <·'est m<'ronnaitrc les conditions <lu milie11économique et soci,tl, c'est violer la liberté de l'ouni~I' et du patl'on, c'est retourne!' à la n'glementation du moyen-àge abolie par la Révolution f,·ançaise. Les socialistes prétendent ne violer aucunement les principes de l'économie sociale en demandant qne la loi l'êgle les conditions du trarnil. li faut ici jusliller cette prétention en quelques lignes rapides. La prétendue liberté économique née du laisse;-(ail·e, laisse:-passer, a eu sa raison <l'ètrc au siècle dernier. La« lilH'e-<'oncu1Tenrc" a pl'Oduit ses effets utiles; elle n'en peut plus JJl'Ocluil'Cque rie néfastes à pr<'srnt. Cai· le p1·opre de la « liberté économique ,, est de se dévol'er elle-mèmc. En d'auti·es termPs, pal' la concul'rcnce déchainée, les grnndcs sociétés capitalistes se fol'ment, anéantissent les petites industl'ies. asscrvbsrnt le ti-availleul'. puis se fédèrent cntl'o elles et l'cnclent toute <'OncmTencr impossible. Si l'on était p·u-ti <le la liberté. on n'aurait pu abouti à ht SCl'vitucl<JO. n n'avait donc pas pI'oc?amè la libel'té écono1nique. mais déchainé l'indépendance économique. c·cst-à-dil'e qu'on avait donné aux plus ful'ts toute licence d'anéantir et assujetti!' les plus faibles. JI y a entre la libcl'té et l'inclépendance une ~quh·oquc qui explique toutes les niaise1·ie, dèbitécs p:t1·les philosophes ofliciels. L'irvlèprndanre est l'état inorganique et dérèglé des soC'iétès primitives, ét11it tout ni<gatif où l'arbitl'ail'C domine. Les hommes n'é<·happcnt à cet état funeste que pou,· tomber tians l,t sel'vitudc. Pour échapper à la sen-ilude il faut que naisse la loi. On peut donc dire que la liberté est, par la loi, une C'r<'ation soC'iale. C'est donc une g1·anrlc el'l'eur de prétenrtre que l'accord social en vue de la sécurité de tous se fait par l'abandon que chacun consent d'une pal'tie de sa libcl'té. D'où ,·icnt que la liberté semble, au pI'emicl' abord, une conquêt~ sm· la loi? De ce que dans le concept actuel, l'autorité al'bit,·aire du malll'e sui· l'escla,·e. du seigneur sur le sel'f, du roi sur le sujet. rlu patron sui· l'ouvriel', du bul'eaucrate su,· le contribuable, a, dans les milieux historiques divel's, la loi pour expression. Or, rappelons-nous que la loi qui évolue. elle aussi, est la fol'mulation du droit, et que Je moment du droit cont!'actuel n'est pas encore venu, du moins dans les faits. Donc, en régime de d!'oit imposé, et nous n'en sommes SOl'tis que verbalement, combaltl'e l'oppl'cssion, c'est combattre la loi qui la sanctionne et la systématise; <lét1·uil'ela loi, forteresse de l'autol'ité, c·est conquél'il' la liberté. On voit le sophisme. C'est là-dessus qu'est construit tout le système anal'thistc. l\Iais qui ne vllit qu·on ne détruit une portion du droit imposé que pour lui substituer un 1·égi111se'approcha'lt davantage du dl'Oit cont1·actuel par la substitution du YOuloir et pouvoir commun (démocratie) ou d'un individu (autocl'atie). On ne détruit donc pas la loi, pour conquél'il' la lil>crté, mais on détruit l'arbiti·aire pour crëer la loi, pour conquérir lu liberté, mais on détruit rarbitraiI·e pour créer la loi, de laquelle la liberté naitra. Dire, ,!one, que les hommes abandonnent par la loi une part de la liberté pour acquérir

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