582 LA REVUE SOCIALISTE Est-cc que, en so:nmc, l'utopie socialiste (je titns au mot, car c'est ,rn mot do jeunesse et de foi) qui nous montre l'àged'or devant nous, n'est pas autrement propre à stimuler l'esprit et l'activité de l'homme, que la mélancolique doctrine chrétienn~ qui n'ouvre à lïrnm:inité que des perspectives d'incurable d..isespérance et des éternités de douleur et de misère? Oui, il fa1,t le dire bien haut, et le répéter; le socialisme (et sous celte dénomination générale, je confonds toutes les. écoles socialistes qni, divcr.;cntes sur les que:Stions ·de détail, d'opportunité, d'applic.1tion, de politique pratique, sont unanimes snr la questio:1 fondamentale à s:ivoir la cause, le sens, le but final de le111·srevendications économiques); le sociafrsmccontient les germes vivants et féconds d'une morale nouvelle, de la morale vraiment humaine qui, éclairée par les lumières. de la sciencC', s'(•lève ù une conception de plus en plus exacte du monde <'t de l'homme; nous montre les beautés, les vertus et aussi les dC'voir:;dC' la solidarité qui, de pl us en plus, doit rapprocher et nnir les individus dans le~ familles, les familles dans les patriC's, les patries dans l'humanité. Cette morale proclame - le travail comme unA fonction non seulement nécC'ssaire, mais noble et pure, et non pas commeune peine dégradante, ainsi que le considéraient les moralC's du passé. Elle dit que tous les hommes sont égaux, non pas en fictiun et théorie, mais en fait et en droit, car les titres de chacun de nous. ù l'existeuce sont identiques. Xous sommes tous enfants du même passé, ouHiers du mème présent, pères du même avenir. Et c'est pourqnoi, au lieu d'être considérées comme d'irrévocables déchéances, les inégalitt:s dites naturelles, les inégalité:S physiques ou intellectuelles doivent ètrc considérées. comme des accidents que, par tous les moyens, notamment par une culture de pins en plus complète et rationnelle du corps et de l'esprit nous devons nous appliquer à atténuer, il, diminuer, jusqu'à les rendre désormais impossibles. Elle dit qne tous les hommes sont frères, non vas en vertu d'une insuffisante fraternité de naissance, mais en vertu des nécessités mêmes de léur existence, privée et sociale, qui font que l'individu n'existe que gràce au concours non seulement de l'ensemble de ses prédécesseurs, mais encore de l'ensemble de ses contemporains, d'où cette conséquence que l'égoïsme, sous toutes ses formes, est à la fois un vice et une rluperie, et que le véritable devoir et la véritable sagesse pratique est de vivre pour autrui, puisqu'on ne vit que par autrui. Ainsi la morale sociale substitue aux idéals mystiques des
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