LE SUFFR.\GE UNl\'ERSEL ET LA R~:VOLUT!OX SOCI.\LE 581 -duel et social. Si les hommes ne peuvent devenir meilleurs; si, en réalité, il n'est pas possible d'institner une morale ù laquelle ils obéissent, toutes nos spéculations politiques et ('.,conomiques "Sont vaincs; le règne de Liberté, d"Egalité et de Justice, après lequel nous soupirons est un rè\"C•impossible, et celte Terre Promise vers laquelle marche le Prolétariat à travers les roncrs et les cailloux des chemins qui ensanglantent ses pieds, cetlr Terre idéale où tous les hommes doirent ètre heureux, unis dans le travail fraternel et pacifique. n·cstqu·un affreux désert, où l"hommc ci\·ilisé retombera dans !"animalité et la sau n1g<?ric primives . . :\lais cette morale, n'en voyons-nous pas poindre les premiers rudiments dans le socialisme? Est-il possible de méconnai t,·c ou de nier quc le socialisme pro lé ta rien apporte une conception plus haute, plus large ci plus noble du rùle et dr la fonclion de !"homme dans une socii>té, que lïndiYiùualismc bourgeois? Est-il possible de méconnaitre ou de nirr que cette formule: « Tous pour 1111, un pour tous», qui est la formule socialiste, soit plus vi\'iÎlantc et infiniment plus vraie que le« Chacun pour soi» égoïste et anarchique de nos dirigeants? Est-ce que le précepte socialiste: Aimez-mus; aiùez-vous >>, ne répond pas aux aspirations du cœur et aux besoins réels de l'ordre et du progrl'S social, mieux que la sèche et odieuse parole de Guizot: (<Enrichissez-mus,,_ qui. depuis cinquante ans, sert d"article unique au catéchisme moderne et constitue le fond, le iréfond, la moelle et l'ùme de la morale bourgeoise? Est-ce que cette conception qui nons montre, dans la suilc des temps et par l'effet des progrès politiques et économiques, tons les peuples unis en un seul peuple, c'est-à-dire les frontières -effacées, les patries devenues les provinces sœurs d'une seule nation: l'Humanité; Est-ce que celie conception, utopique si l'on veut - le mot ne me fait pas peur, au contraire; car l'utopie d·aujourd'hui, ~•est souvent la vérité de demain; - est-cc que cette conception n'est pas infildment plus grande, plus humaine, plus féconde, plus morale que cellr. qui nous présente non seulement les races, mais les peuples eux-mèmes comme ennemis les uns des autres; l"homme, selon le mot de Hobbes, fatalement voué à être un loup pour l"hommc; la guerre militaire et la guerre -économique comme d"inéluctables crises que nou,; devons éternellement subir; en somme, la tyrannie, le vol, le dol, l'injustice et la violence comme devant toujours caractériser les relations entr·eux des peuples aussi bien que des individus?
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