572 LA REVUE SOCIALISTE Le suffrage universel a successivement proclamé la République de 1818, acclamé le coup d'Etat de 1851, fait le plébiscite de 1869, nommé l"Assemblée de Versailles.. li s'est donné à ~I. Thiers, puis à Gambetta, puis à Jules Ferry, puis au général Boulanger, puis - à M. Constans 1 Que veut-il? Il ne sait. Où va-t-il '? On l'ignore. Ceux qui l'exploitent, au profit de leurs ambitions, de leurs spéculations ou de leurs haines, ouvertement le méprisent. Au lendemain ùe ces bataille:; électorales, grossières, indécentes ou féroces, qui témoignent avec tant d'évidence du charlatanisme des candidats et de l'ignorance des électeurs, lisez les journaux de tous les partis. Sans doute, ceux qui triomphent célèbrent à grandes phrases la sagesse, la clairvoyance, la haute vertu du suffrage universel; mais ceux qui succombent dénoncent amèrement son imbécillité, sa faiblesse, son incohérence. Or, comme en un demi-siècle, le suffrage universel a tour à tour élevé, puis abattu tous les partis politiques, il s'ensuit que tous les partis. à lcnr tour, l'ont accusé et maudit; tous ont, l'un après l'autre, témoigné que le suffrage universel, s'il n'était bien dirigé, se laissait aller aux plus regrettables erreurs, aux pires défait lances. Bieu dirigé? Qu'est-ce à dire? Le souverain n'est donc, au fond, qu'un esclave? Le maitre infaillible n'est donc, au fond, qu'un enfant pusillanime et versatile qu'on fait parler, pleurer ou rire, rien qu·en le flattant ou en le menaçant, en lui montrant à propos le fouet ou une tartine? . Tel qu'il est pratiqué - les masses, dans leur instinct confus, mais solide, commencent à l'entrevoir, si l'on en juge par les abstentions ùe plus en plus nombreuses ùes électeurs, - le suffrage universel est une amère mystification. Tel qu'il est pratiqué, il est incapable de traduire l'expression synthétique de la volonté populaire. Le suffrage universel, dans l'état présent de nos mœurs, de nos idées, de nos conditions économiques, n'est que l'expression des haines, des passions, des convoitises des partis, c'est-à-dire de ces groµpements artificiels et éphémères d'individualités qui, de la logomachie politique, font un instrument pour gagner des places, des faveurs ou de l'argent. Pourrait-on citer un seul organisme éloetif - municipal, départemental ou national - qui soit réellement la représentation exacte de l'ensemble des électeurs'? Il n'y en a pas. Chaque pouvoir élu, Conseil municipal, Conseil général, Parlement, est constitué par une agglomération
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