570 LA REVUE SOCIALISTE Mais n'employons pas ces mots de chefs, supérieurs, directeurs, s'ils blessent la délicatesse des démocrates à chev&l sur les principes? Disons avec eux que dans une société démocratique, tous les hommes sont égaux; qu'il n'y a plus ni supérieurs, ni inférieurs, ni gouvernants, ni gouvernés. C'est parfait. Mais cette société, j'imagine que comme toute société, aussi individualiste qu·on la suppose, elle a des services publics (construction et entretien de routes, chemins, canaux, etc ... ; éclairage, eaux, postes, télégraphes, hospices, musées, parcs, jardins et squares, etc ... ). Mettons au rniuimum ces services publics. Il faudra toujours nn minimum ô'administrateurs pour les faire marcher, un minimum d'impôts pour en solder les dépenses. Or, qui nommera les administrateurs de ces services? Qui nommera les taxateurs, les collecteurs de ces impôts, et les contrôleur:;; de leur emploi? Si chaque contribuable a, en principe, le droit d'administrer, taxer, percev<-iret vérifier; en fait, il est clair que tous les contribuables ne peuvent, ensemble et simultanément, exercer ce droit. Voyez-vous une Assemblée de dix à douze millions de citoyens - ou seulement de quelques centaines - occupés d'un bout de l'année à l'autre, à ordonner des travaux ou à éplucher des eomptes d'ordre public? Cela est impossible. Et alors, comme, d'une part, le contribuable ne saurait abandonner son droit; et comme, d'autre part, il ne peut, personnellement et directement l'exercer, que fait-il? Il fait ce que, dans la vie courante, fait chacun de nous, quand, ne pouvant ou ne voulant s'occuper d'une affaire qui l'intéresse, soit parce que cette occupation le dérangerait d'autres affaires plus pressantes, soit parce qu'il craint de n'être pas suffisamment apte à la diriger ou à la régler : il charge des mandataires de la suivre et de la conduire au mieux de ses intérêts. Il se fait représenter. Voilà, prise à sa source la plus intime, la théorie du suffrage universel. Cela est tellement dans la nature des choses, dans l'essence même des relations des hommes ent.re eux, dans la pratique élémentaire et inévitable de toute association humaine, aussi fruste, aussi rudimentaire qu'on la puisse considérer, qu'à la vérité il est impossible de concevoir aucune sociôté sans un régime repré-
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