La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

532 LA REVUE SOCIALISTE << des idées qui leur survivent, la foule n'étend point sa vue par delà << les rapides instants où s'écoule notre vie terrestre. Et c'est pourquoi << elle accueille comme de grandes nouveautés des phénomènes dont "'l'apparition dans le monde est aussi vieille que la civilisation ... » Il y a nombre de ces esprits-là mème parmi les novateurs. Des écrivains et des propagandistes de mérite soutiennent que l'ensemble de théories, de revendications et d'aspirations que, d'un heureux néologisme de Pierre Leroux.on désigne, depuis 1838, sous le nom de Soc1alis111e, n'est qu'un phénomème historique issu de la Révolution française et surtout du développement économique moderne. Avec raison, il a été répondu que, si on l'envisage comme la recherche d'un ordre social plus juste, le socialisme remonte aux origines de la civilisation, que par suite Laveleye :i. été fondé à écrire dans son Socialismeco11te111porai11 : <<Les aspirations socialistes tantôt sous <c forme de prot~station, tantôt sous celle de plans utopiques de <C reconstruction sociale, se firent jour dès que l'homme eut assez de <C culture pour ressentir les iniquités sociales. » Et l'histoire tragiquement le démontre. N'avons-nous pas vu, dans des études précédentes. que ce sont les luttes de classe occasionnées par l'ancienne organisation propriétaire qui, en même temps que l'esclavage (cet abus de la propriété étendu criminellement à l'homme) firent sombrer la société antique? Ou reste, la violence des antagonismes pouvait le faire prévoir. Dans certaines cités les élus de l'oligarchie devaient, en entrant en charge, jurer haine au peuple et s'engager à lui faire le plus de mal possible. Bien entendu les despotes n'étaient pas plus doux aux plébéiens. Aristote nous l'apprend dans sa Politique (ch. Vlll). « Un autre <c principe de la tyrannie est d'appauvrir les sujets,pour que,d'une part, <c sa garde ne lui coûte rien à entretenir, et que, de l'autre occupés à << gagner leur vie de chaque jour, les sujets ne trouvent pas le temps <c de conspirer. C'est dans cette vue qu'ont été élevés les pyramides << d'Egypte, les monuments sacrés des Cypselides, le temple de Jupiter <c olympien par les Pisistratides, et les grands ouvrages de Polycrate <c à Samos, travaux qui n'ont qu'un seul et même objet, l'occupation << constante et l'appauvrissement du peuple. » Le même Aristote, qui d'ailleurs cite ces pratiques sans les blâmer. glorifie aussi dans sa mème 'Politique (ch. VII), l'esclavage dans les termes les plus révoltants : <c L'utilité des animaux privés et celle des esclaves, dit-il, sont à <C peu près les mêmes ; les uns comme les autres nous aident, par le << secours de leurs forces corporelles, à satisfaire les besoins de l'exis- << tence. La nature mème le veut, puisqu'elle fait les corps des hom- << mes libres difT.frents de ceux des esclaves, donnant à ceux-ci la « vigueur nécessaire pour les gros ouvrages de la société, rendant

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