510 LA REVUE SOCIALISTE mots, cerveau et cœur ne se fussent jamais rtncontrés avec les deux autres philosopl,ie, psychologie. Une aubaine, d'ailleurs, pour l'artiste doublé de l'éru<lit ! C'est, en elfet, l'artiste doublé de l'érudit qui est allé la chercher, la légend~ jusqu'en •' son cadre pittoresque", jusqu'en'' son terrain historique" pour ensuite nous la rendre pleiuement épanouie, '' al'eC tout son suc, al'ec tout son parfum". C'e,t encore l'artiste doublé de l'érudit qui l'interroge, la légende, sur les <lestinées de l'Alsace qui, tour à tour, a bu aux sources française et allemande: ·' Comment les deux génies se sont-ils combinés ou combattus en elle? N"ont-ils pu régner qu'en se détruisant l'un l'autre ou tendent-ils à trou1·er eu elle une fusion ha,monieuse? Est-ce dans l'exclusion ou dans la prépondérance <lel'un des deux qu'est la naie destinée de la province, son rôle à la fois patriotique et international'' ? C'est, ailleurs, le philosophe qui, plongé encore dans l'ivresse de la beauté antique et des mystères séducteurs - •' j'aurais donné. dit-il, toutes le, églises pour un marbre du Musée de Naples et tous les coul'ents de la terre pour voir évoluer un chœur d'Eschyle et de Sophiocle" - va frapper à la porte <le la Grande-Chartreuse, interroger les l"Îes humaines qui sont ,·enues s'y échouer. Mais•' la Cité du Silence" pour cause reste muette. Seules, les portes des cellules répondent : 0 beata solitudo ! 0 sala beatituclo ! Quant aux Chartreux : Ils sont nés sans désirs, pour parler sans paroles. Leurs formes sont des mots, leurs corps sont des symboles. Inutile et muet, le moine doit montrer Que l'espoir à lui seul peut faire vivre un homme ; Il acce1itc, vivant, de devenir fantôme Et de vaincre la tombe avant que d'y rentier. C'est, tout à la fois, l'artiste, le philosophe et l'érudit qui ressuscite - et quelle radieuse résurrection! - La Tour Belen des temps druidiques, aujourd'hui. le ]\[ont Saint-Michel, '' ce gigantesque échiquier fouillé par un ciseau puissant, où le grand escalier représente le roi; la tourelle des corbeaux, la reine; la flèche, la tour". Pourquoi ces pages qui nous promènent de l'époque gauloise à l'époque méro,·ingienne, de l'époque mérovingienne à l'époque che,·aleresque, <le l'époque chevaleresque à nos jours, nous ont-elles tant émue? Peutètre. parce que l'artiste, en les écrivant, a frissonné <lugrand frisson dont parle Diderot et qui, infailliblement, se communique au lecteur! Peutétre, 1,arce que le flambeau de Bélen qui brûlait dans les fHes druidiques n'est pas quoi qu'on dise, tellement éteint que le moindre souille ne suffise -à le ranimer! Peut-ëtre, enfin, parce que, de tontes les roches sonnantes, aucune n'a résonné plus profondément, plus longuement, que cette pyramide granitique. qui, tour à tour, a pu s'appeler l'ile de la :\lort, l'llP de l'Amour, l'ile du Silence! Quoi qu'il en soit, le charme, puissamment, agit et dure ... Car, <lu:\!ont Saint-~Iichel, il nous transporte dans la !:lasse-Bretagne. Eu ilSSistant à la résurrection de la poésie celtique, la France, dit l'auteur, •• s'est étonnée d'abord derant cette apparition étrange, aux yeux d'outremer, à la voix tour à tour rude et tendre, enflée de grandes colères ou fré-
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