501 LA REVUE SOCIALISTE L'Ame Moderne, poésies, Henry Bérenger; librairie Perrin et C". Entre beaucoup de productions poétiques récentes, ce livre nous plait et mérite croyons-nous rl'ètre partirulièrement signalé aux lecteurs de la Revue. On comprendra la raison, si nous disons que l'auteur se réclame dès l'abord, ùe ceux « qui ont senti battre le grand cœur agité de ce siècle, en ont aimé les mouvements douloureux et grandioses ». Rérllement il y a dans ce volume des idées neuves, on y sent le frisson nouveau. Et, à chaque page (c'est bien ainsi que croit l'avoir réalisé et il ne se trompe guère hl. Henry Bérenger), l'inquiétude sociale y t1·ouble le goùt du rêv~. C'est avec joie que nous saluons l'avènement d'une pareille poésie, que si parfois, il se glisse dan~ l'œuvre ùc 1lf. Bé,·enger un vers trop prosaïque dont les grammairiens pourront s'effraye:· - j"en ai peu remarqué d'ailleurs - combien les Hais poètes lui pardonneront vite ce péché contre la forme, en faveur de la sensation neuve qu'ils éprouveront. Instinctif, M. Bérenger sait l'ètre tout comme un autre, dans l'Angelus du Cœur, dans Première rencont,·e, la Vierge au piano, par exemple : mais il est surtout philosophique et je ne sais rien de plus vraiment moderne que Le Soi?-, Aux Locomotives, La Chapelle, La Vilette, Le Chant de la Tour - celui-là surtout, car il dit bien la nécessité d'un art nouveau. Car les temps sont venus où chacun pourra voir Les artistes, dans leurs monuments S) mboliques Faire ~clater ces deux forres <les Républiques La puissance du peuple et l'essot· du savoir. Avec du bois, avec du fer, avec du verre, Ils seront élégants autant qu'audacieux, lis allègeront l'âme en lui rouvrant les cieux, I;:t Je cristal et le métal vaincront la pierre. La cathédrale était pour les peuples enfants L'asile redoutal,le et fait pour la prière ; )lais notre âme, se1·einPe. t virile ouvrière, \'eut pour se reposer des temples triomphants 11lui faut le plein air lumineux du vitrage Comme il lui faut l'essor vertigineux du fer Et moins le souvenir de ce qu'elle a souffert Que r~mrmation de son hautain courage. Et le poète fier de vibrer avec sa race, d'ètre poète avec la foule affirme sa croyance en l'action qui nous rapprochera. Dans la glofre et l'espoir des œuvres collectives, la Tour sera le symbole rigide et pur de l'idéal dPs neu,·es générations. Le poème se termine par ces remarquables strophes. Ame Moderne. Déjà dans les vapeurs troubles du crépuscule, Palpitant ainsi qi.:'un diâmant qui vivrait S'allume éblouissant et haut comme le Vrai, Ton phare, que Je rêve aux étoiles recule li fait tourner ses feux géants sur la cité, Et par moment, sa nappe aux flamboiements candides Tombe sur Notre-Dame ou sur les Invalides Yieux souvenirs de gloire et de mysticité.
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