La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

4G LA REVUE SOCIALISTE n'eussent pas t>xist{•J. e crois, pour ma part, que cette issne eut ét{•meilleure, car la valeur française perd en partie sa vertu en se renfermant dans des murailles. Engagé dans une polémique incessante, Cabet trouvait le temps de mettre en ordre et de faire imprimer une llistoire de ta H.evolulion Française en cinq gros volumes in-3°, préparée en Angleterre. Antérieure de quelques années aux écrits de Michelet, de Loui<;Blanc, de Yillaumé, cette histoire marquait un progrès réel sur tous les historiens qui,-jusqu·alors, avaient racconté la plus mémorable époque des temps modernes. On n'y rencontre peut-être pas toutes lrs qualités désirables du style, mais les faits y sont bien groupés et l'évolution vers la justice est clairement exposée. L·auleur démocratique n'a pas su se départir d'une admiration trop exagérée et trop exclusive pour certains personnages, qui, en proclamant de grands et féconds principes les ont soutenus par des moy&ns cJntraires à ce1>mèmes principes. De là une justification d'actes injustifial:tles; de là l'apothéose passionnée de Robespierre, de St-Just et autres membres de la Montagne. Ces hommes, avec toute la pureté de Jeurs intentions et toute lïnL{•grilé de leur caractère, n'ont pas su résister à des rancunes irrdl{•chies et haineuses; ils se sont acharnés contre des collaborateurs, séparés par une légère nuance d'opinion, et porteront toujours la responsabilité peu enYiahle d'avoir inauguré le r(•gime de la Terreur qui a décimé la République, perverti le sens moral chez le peuple et rendu fatal le retour du despotisme. D'une bien autre trempe étaient Mirabeau, Lafayette et Condorcet. Ceux-là étaient faits pour conduire la Révolution il bonne fin, sans lui imprimer une tache de sang et sans voi 1erla statue de la Liberté. Quand les écrivains démocratiques érigent en idoles quelques jacobins saillants, ils agissent au rebours comme les écrivains monarchistes qui font monter au ciel un Louis xn et une Marie-Antoinette. Fétichisme dans un_sens ou dans un autre: voilà comment l'histoire de 89 à 93 a été comprise jusqu'ù présent. Celui qui viendra l'écrire dans un avenir plus ou moins prochain devra s'inspirer de la salutaire parole jetée du haut de l'échafaud par Anacharsis Clootz: « 1,rance ! oufris-toi des individus: )) Ge conseil, à lui seul, vaut tous les discours, laborieusement préparés de Robespierre et de St-Just. :\lais il est douteux qu'un Français s'affranchisse, au moins de nos jours, de cet engouement fébrile et morbide J)OUrquelqnes-unsdes héros du magnifique et terrible drame de la fin du xnrr• siècle, qu'il fasse bon marché des individus, tous plgs ou moins entàchés de faiblesses, tous, peut-être, au-

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