La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA QUESTIOX SOCIALE DE\'AXT LES CORPS ÉLUS ,iïl bic. Garantie contre la concurrence étrangère la spéculation,à l'aide d'une rareté artificielle, a créé une hausse factice, vendant à des prix qui ne seront normaux et necessaires qu'après repuisement des provisions accunrnlées. D'autre part, loin de combler les vides occasionnés sur le marché par l"arrèt a la frontière du b~tail étranger, les éleveurs ont rarefié leurs envois, arrivant ainsi à hausser en un ~seul marché les cours de plus de 20 pour cent. C'est d'ailleurs à ce résultat que tendait toute l"œuvre de soi-disant protection de l'agriculture nationale imaginee d accomplie par une majorité prohibitionniste avec le concours, pour ne pas dire la complicité, des libres échangistes du ministere : //tndre plus cher pour g.1gner davantage, et par conséquent, faire payer plus cher aux consommateurs, en majeure partie ouvriers et employés dont les salaires et les appointements se trouvent réduits d'autant. Que sera-cc lorsque, les approvisionnements épuises, ce ne sera plus a des calculs intéressés, ne répondant à aucune nécessité economique. mais à une véritable insufüsance du rnarche que la population aura à faire face. Nous allons, - aveugle qui ne le verrait pas ! - à des prix de famine dïci a quelques mois. M. Paul Leroy Beaulieu évalu.1.it, dans l'Ecouomisle Francais du 2 1 février 1891, à plus de 20 pour cent le rencherissemcnt général et inévitable de la vie. M. Challemcl-Lacour, de son côté, estimait à la tribune du Sénat à 8oo millions les charges nouveiles devant résulter pour les consommateurs de l'application des droits frappant les matières alimentaires. Il n'est pas jusqu'à Monsieur le Ministre de la guerre qui, en formulant pour l'armee une demande de crédit supplementaire de 12 mîllions, n'ait déterminé la mesure dans laquelle la nourriture populaire va se trouver grevée. Douze millions, et ce chiffre est optimiste. pour 400.000 hommes de troupe en moyenne, cela donne comme surcroit de frais d'existence 30 francs par tète, soit. pour une population de pres de 40 n-1illions d'habitants un tot.1.l effray;,nt de 1200 millions. Ce qu'une pareille dime, levce sur les non-propriétatres par une fraction de la classe possédante, représentera de sur-misère et de souffrances de toute nature,il est inutile de le faire remarquer. Ce n·est pas ainsi que l'on ramènera à la République la partie du pays qui est restée inféodee aux anciens partis. Encore si c'était au veritable cultivateur du sol, à ce paysan propriétaire dont la situation devient de plus en plus difficile, que devait profiter cet impôt direct et manifeste de classe ? Mais non1 ne tirant pas de son lambe.1.u de terre de quoi subvenir à tous ses besoins, loin d'approvisionner le marché.il.est obligé.pour sa consommation, de passer par le marché : acheteur tl 1ton'Ve11dturc, ·es/ lui qui fera les frais de. cette prile11dueprotection nationale, avec les ouvriers et les employés des villes. Ce n·est mème pas la propriete moyenne qui trouvera le moindre allègement dans les tarifs surélevés: tout ce qu'on peut esperer, c'est qu'elle n'ait pas à en souffrir. Seule. la gratide propriiti encaissera ce milliard an11uel qui laisse loin derrière. lui le milliard dts imigris acquittis 1me.fois pour Ioules, el ne peut étre. comparée qu'aux 858 millions d'impôts nouveaux sortis de la guerre de 1870-71. Et celle fiodalité terrienne, plus coûteuseque lïwvasio11à la France, doHI elle ditient les 45 centièmes des terres cultivables, ,., se compose que de 141.000 illd,vidus : ces/ M. Challemel Lacour qui, s'appuyant si.r dts statistiques iuconleslùs tl ittconlestables, ra affermi au Sinat. C'est pour ces accapareurs du sol national que va être, par voie parlementaire, sous la République 1 ressuscité et aggrave le Pacte de Famine. Car ce serait reculer les bornes de la fantaisie permise que de pretendre qu'une fraction quelconque de cet accroissement de rente foncière ira soit aux fermiers, dont les baux seront augmentês en proportion, soit aux journaliers, dont les salaires sont plutôt appelCs à baisser par la généralisation des machines agricoles. Devant une situation aussi menaçante, il me parait impossible que la Chambre n'ait pas à aviser. L1angoisse qui s'est empar~e des esprits ne peut aller qu'en augmentant au fur et à mesure qme les effets des nouveaux tarifs se feront sentir.

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