La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

4.58 LA REVUE SOCIALISTE Nous l'avons. li y a là quelques talents. Pas une bonne foi. Et cependant ces piètres fumisteries réussissent. En être encore là,après l'hécatombe d'idées et des théories de ce siècle! Se croire obligé d'avoir une théorie déterminée pour ètre artiste ! Les écoles sont le boulangisme de !"art. On s'y embrigade sous une étiquette vague, qui paraît n'engager à rien, mener vite au succès, faire réclame, et ne mène pas à pas, qu·un peu plus loin des idées qu'on a personnelles celles qu'on n'a pas formulées ; l'éblouissement crève, et de l'honnêteté et de la sincérité enfuies, il reste le talent avorté, et la roublardise survivante. Moyens de parvenir. Douteux, pas sûrs, piteux. Tout cela ne vaut pas la peine d'y songer. Il n'est pas une théorie qui dure une vie d'homme. L'esthétique est une science(?) pas un métier. Les œuvres apprennent l'esthétique et cette bonne dame n'apprend rien. Œuvre, elle n'enfante pas d'œuvres. Parlons donc des auteurs et non de ce qu'ils bafouillent. Le mieux représenté, le plus révélé ici est Denis, qui a mis dans la peinture un sentiment que l'on n'a point vu depuis longtemps. C'est de la pleine réaction contre l'impressionisme ; je dis ce mot pour désigner tels peintres connus, car cela est plus impressionnant que quoi que ce soit. Un peu trop de religion à la clef. li n'est pas indi5pensable d'aller au bazar catholique pour acheter le mysticisme. Cierge, encens, vierges, etc. C'est la ferraille néo-catholique; (( un genre». Pas un n'y soupçonne un atome de sincérité. Et cependant une religiosité très profonde, bien franche, celle qui fait divaguer les yeux étranges de ces deux tètes verdâtres, surnaturelles, vaguement e!Trayées, dans un cadre sombre à décor hallucinant. Vuillard, peu de choses ; attendons pour parler. P. Bonnard; encore trempé de Japon, épris d'attitudes grimaçantes, expose quatre feuilles de paravent. Le premier occidental en qui je vois à ce point la vision (( de l'amusement de la forme »; il voit la nature d'un œil coquet; il semble que pour lui le vent qui agite ces arbres n'ait d'autre intention que de faire du dessin d'ornement, et le soleil en faisant des ronds à terre, de chercher des motifs de décoration. Cela est curieux au plus haut point. Nous le reprendrons plus spécialement dans un sujet qui nous est cher, à la première occasion qu'il y aura de l'étudier: l'avenir de l'art décoratif moderne. Toulouse-Lautrec transporte le macabre dans la vie moderne. Ses danseuses du Moulin-Rouge sont plus navrantes que toutes les danses des morts romantiques. Paris s'est pavoisé de sa lugubre affiche où une femme triste. au regard terne, montre ses culottes, où un monstrueux danseur silhouette, un masque, une grimace de la débauche amère. Que les quatre femmes de Bonnard sont riantes à côté !

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