UNE NOUYELLE UTOPIE 385 UNE NOUVELLE UTOPIE On aurait pu croire que l'avènement du socialisme scientifique mettrait fin aux utopies socialistes. Il n'en a rien été. Nous avons eu récemment, en France, la Cité Future, par Alain le Drimeur ; en Suisse, Mo11 Utopie. par Charles Secrétan; en Amérique, le Regard en arrière, ou l' A11 Deux Mille, par Bellamy ; voici maintenant que le poète socialiste William Morris vient de nous donner une utopie libertaire : Nouvelles de 1111/lepari (News from Nowhere) dont nous voudrions entretenir les lecteurs de la ~evu.: Socialiste. Franchissant deux siècles environ, l'auteur nous dépeint l'Angleterre telle qu'elle sera après la Révolution qu'il présuppose; alors qu'il n'y aura plus ni gouvernement ni contrainte d'aucune sorte, et que règneront une prospérité et une félicité universelles dans le travail attractif et l'art, la recherche du beau et du bien, l'amour des hommes et de la nature. Les tableaux que M.Morris nous présente d'un pays enchanteur, d'un été radieux, de gens resplendissants de beauté, de bonté et de bonheur passent devant nos yeux comme une ravissante vision. Seulement, cette vision est un peu longue, par suite ennuyeuse, quoique fantaisiste. C'est que la vie qu'on nous dépeint nous rappelle trop les descriptions du Paradis, et le Paradis nous semble bien un peu monotone. Les personn~ges s'en ressentent. De même que leurs confrères de Là-Haut, les bienheureux du livre sont incolores.Trop beaux, trop parfaits, pour être des hommes, ils ne nous intéressent pas, excepté quand ils parlent et pensent comme nous, trahissent quelque chose de nos sentiments ou de nos idées, quelque chose d'humain, enfin. Mais alors ils ne sont que les porte-paroles de l'auteur. On nous explique la transformation sociale par une .période de 25
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