La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

3ï 1 LA REYUE SOCIALISTE l'inquiëtude YA~ue et en quelque sorte platonique; la description qui vienL de nous ètre faite, paraissant très propre à éveiller en nous au contrnire la certitude absolue que les temps sont p1·oches d'une ré,·olution populai1·e Yictol'ieuse. M. de \\"yzewa ne veut pas qu'il en soit ainsi. Pou,·quoi donc nous a-t-il fait sa description telle? Sa conclusion est négative. Mais sa conclusion ne ressort pas de son livre. Elle y est ajoutee arbitrairement. Ce qui en ressort c'est que le socialisme a des chefs érudits, é<"outésde la foule, doués du sens du possible et du réel, et d'un ca1-actêre ent1·c1Jrenant. n. de \\'yzewa dit bien qu'il n'est pas v,·ai que le socialisme soit un p,~rti ,.,.aiment international, et qu'il n'est pas mème homogène dans un mème pays. li insinue que dès lors il ne peut abo111i1·.~lais il aurait fallu nous p1·ou,•e1d·'abord que le succès du socialisme d<'pend de l'ahsolue homogénéité ries partis qui le 1·eprésentent, et que la ré,·olution sociale r,e peut pas se foi1·c chez chaque peuple suiYant des modalités conformes à son tf'mpé1·ament. rornme s'e5t faite la Révolution bou1·geoise elle-mème après lï89. M. de \\'yJ.Cwa n'a pas essayé cette démonstration. 11 s'est borné ù nous faire observer que Benoit Malon est un penseur, Gue,Je un vrai diable, \'ollrnar un nouveau duc rl'Albc, et Anseele un autre Artevelte. :-ous ne saurions tirer rie là ries conclusions aussi rassurantes pour la bourgeoisie que le voudrait M. de ,vyzewa. Lor n'A:,101,;n.. De ~Iaurice J3arrès,dans la Société Nouvelle, un excellent article. c·est un cours de psychotérapie à l'usage iles jeunes aristocrates de la pensée, de ceux (les mcillenrs) qui nullement désintéress('.•s de cc qui s'accomplit antonr d'eux, restent dans une douloureuse inaction parce quïmpuissants à résoudre les contradictions de la pensée et de l'action, à triompher de scrupules que d'aucuns superficiels prétendent subtils alors que très réels et très motiYês. .Jlaurice Barrès poursuit renrégimentement de l'analyste, de<<l"épicurièn intellectuel et rafliné. » Xou~ lui proposons. écrit l'auteur du Ja,·rlin de Bérénice de collaboret· aux longs efforts de la solidarii1 humaine pour les <léshé1·1tés.Voilà une târhe non viagère, une communion avec l'àme d~s masses, un élan dans le mèrue sens où marche l'humanité. Belle occasion de donner cours à ces forces inemployées, dont le tumulte 1·avagenotre àmc. ~lais pour une effüctive participation à 11ne œuvre aussi haute, en face de quelles difficultés ne se trouvera pas notre analyste. Ces difficultés l\Iaurice Barrès les examine, en des pages bien curieuses. Sa conclusion ne peut être passée sous silence: La vraie solution? Je l'entrevoi~, mais n'ose trop la dire. Elle pourrait accalJlor qui, l'ayant furrnulèc, serait mal compds. Ge mot unique qui supprimerait nos scrulmles, qui referait l'unité dans ces ronsrienres en désarroi de,·ant la vie, i faut le chercher à la même source où nous avons p1·isnotre besoin d'agit·, et comme c'est l'amou1· seul qui nous pousse à sortir de notre individualité, c'est l'amoul' aussi qui près11tern à notre aC'tion so<"iale. Comme il fut notre mol,ile. qu'il soit notre loi. ;:,.:oussommes sortis de notre culture i-,.,.otiste par le souci ~ènél'eux d'exer- ('t'I' une ac-tion utile sui· nos semblables. ~l'aider à la collectivité. Ni la notiùn du devoi1·. ni les lois écrites n'eussent su nous arracher à notre rève et faire de uous des agiss~nts; dès lors, nous sommes sous la loi seule de l'amour,

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