La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

30 LA REVUE SOCIALISTE indigents ou vagabonds, nos 60.000 détenus ou récidivistes seront devenus les fervents de la plus austère morale, à quoi les occuperezvous? Renverserez-vous l'ordre capitaliste ? - Abolirez-vous la propriété individuelle des moyens de production? Mais alors c'est le communisme, ce communisme hideux qui répugne à toute âme noble ! Ecartez cette horrible image. Venez à moi, prostituées, souteneurs, vagabonds et criminels ! Je commence à vous comprendre et même à vous aimer. Les mauvaises langues prétendent que sur nos 500.000 fonctionnaires, on en compte bien la moitié qui ne font rien. On voudrait les supprimer, comme le demandent tant d'esprits chimériques et tant de vains programmes électoraux. Laissez-les donc bien tranquilles dans leur béatitude bureaucratique, ces gens-là somnolent paisiblement dans leur fromage et ne font de mal à personne. Vous les croyez inutiles: Pardon, leur fonction essentielle consiste à dépenser leur traitement et à consommer une part de ces montagnes de marchandises que le Prolétaire crée et qu'il ne peut acheter. Supprimez-les, le marché s'engorge, une crise éclate, et 250.000 personnes jetées à la rue cherchent un travail introuvable au milieu des récriminations les plus haineuses et les plus subversives. Soyons donc plus sages et sachons respecter ces effets naturels du développement économique contemporain. Tout ce qui est, est le résultat d'une évolution fatale. Ne commettons point de profanation, ne changeons rien. Relisons au contraire les Harmonieséconomiques de Bastiat et endormons-nous dans cette douce conviction que tout est pour le mieux dans la meilleure des sociétés. Si vous tentez de corriger les légères imperfections que les gens difficiles ont cru remarquer,vous compromettez du mème coup le principe sacré de la propriété individuelle, vous sapez l'ordre social. On ne peut toucher à une pierre de l'édifice bourgeois sans l'ébranler profondément. Amputez certains -organes nécessaires, vous tuez du même coup l'organisme. Rèver une société capitaliste sans prostituées, sans souteneurs, sans criminels, sans mendiants, sans vagabonds, sans plumitifs inutiles et insolents, sans parasites de tous genres, c'est vouloir réaliser quelque monstruosité imaginative et inexistante, quelque hystérie de cerveau malade, -comme par exemple des oiseaux sans ailes,des mammifères sans mamelles, des tigres bienfaisants ou des politiciens intègres. Aucune amélioration sérieuse de notre état moral, intellectuel ou même physique •(car la race dégénère) n'est possible si on ne commence par arracher les ongles au capital et par introduire progressivement dans les faits toute la quantité de collectivisme actuellement posssible. Mais, hommes de devoir et d'honneur, vous protestez contre ces doctrines répugnantes; imbus des sains principes conservateurs, vous défendez sans faiblesse la Religion, la Propriété et la Famille ; aussi, j'espère bien

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