326 LA REVt;E SOCIALISTE LEPROCÈDSECIPRIANI Le procès qui se juge en ce moment à Rome est sans contredit, plus grave qu'un replâtrage de cabinet ministériel. Ce procès est celui de la monarchie italienne. • L'agitation de la salle se comprend. Elle est au comble. La photographie que nous en a donné le télégraphe, présente un spectacle inoubliable. Un public frémissant, ne pouvant contenir ses protestations. Les carabiniers, qui se précipitent revolver au poing ; les agents. qui frappent dans le tas ; tous poussant devant eux un flot de peuple indigné, d'où sortent des cris d'enfants, des hurlements de femmes. Au fond, sur l'estrade, au dessous du crucifix. des magistrats pâles, tremblants de peur. Sur le côté, derrière les barreaux d'une cage,des hommes debouts, apostrophant les juges:« C'est une infamie! » - menaçant le gouvernement : (( Ce sont les ministres que nous faisons responsables ! » Parmi ces hommes, nous en avons reconnu un : notre ami Cipriani. Nous le voyons là, avec son regard enflammé, son visage énergique et doux, sa parole vibrante, sa longue barbe d'apôtre. sa main crispée sur les barreaux de fer qui s'ébranlent. L'hiver passé, il était encore parmi nous. C'était toujours une joie de serrer cette main loyale, de rencontrer cet œil franc et droit, de se réchauffer à cet accent convaincu. Il aimait passionnément la France de la Révolution, presqu'autant que l'Italie. Entre les deux, il avait partagé non seulement son cœur, mais son sang. Il fut le compagnon de Garibaldi dans les Deux-Siciles, puis à Aspromonte. Il défendit avec nous notre sol envahi et fut un des héros de Montretout. Avec nous aussi il combattit la réaction versaillaise ; blessé à côté de Flourens,le 3 avril,déporté à Nouméa,il ne recouvra sa liberté que pour aller reprendre sa place à la tête des socialistes italiens. Crispi ne l'y
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