La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

308 LA REVUE SOCIALISTE en changeant celui-là, et ne paye rien en changeant ceux-ci. Les ouvriers et employés sont ses égaux; la loi (dans quelques pays) le proclame. Il peut donc humilier, bafouer, injurier, terroriser, affamer ces égaux par une coalition patronale, en faire. son bétail, qu'il envoie à l'urne et à la messe. Il peut transformer son atelier féminin en sérail. Il peut assassiner des garçonnets de douze ans et moins, par un travail de douze à dixhuit heures par jour. Il peut les plonger da11sune mine infernale où ils trainent sur leur dos du charbon en guise de wagonnets. La loi qui le lui défend (pas partout) et les inspecteurs malléables ou en uornbre insuffisant le font beaucoup rire.Au surplus, si son crime, par un premier miracle, estsuivi d'un procès-verbal, et, pat· u11 second miracle, d'une co11damnation, il se tire d'affaire(comme en France)a vec une somme de vingt sous. Quand la chair à profit a suffisamment saigné, il vit de ses millions gagnés, dit-il fièrcme11t, par son trarnil, - à moins, d'ailleurs, qu'il n·cngloutisse l'argent qu'il possédait. Au hasard de la vertueuse concurrence, idole des économistes orthodoxes! Telle est sa situation fatale: ruineur de ses rivaux ou ruiné par eux. Approuve les patrons syndiqués; réprouve, chasse les salariés qui osent se syndiquer aussi. Prend, sous le nom d'apprenti, des enfants quïl exploite comme domestiques. Quand ses ouvriers font grèYe, les gouvernants livrent à son service baïonnettes, jugP.s et policiers, au 110mdu libre contrat. Il faut que la Société devienne le seul patron et qu'elle paye le travail, comme elle doit devenir le seul commerçant. Ainsi, les prélèvemenls que ce patron fera sur ses salariés, au lieu de servir à un seul, serviront à tous. En d'autres termes, il faut abolir patronat et salariat. LE PROLÉTAIRE. EsclaYe et serf, sous une forme contemporaine. Ils souffraient moins que lui, quand il chôme dans la misère; presque toujours, martyr, comme eux, quand il travaille. S'il répond en homme à un insolent patron, le fouet, sans doute, n'entre plus dans sa chair; mais si, chassé, il cherche une besogne pour vivre et n'en trouve point, la faim entrera dans ses entrailles, et, pensant à sa famille souffrante, le désespoir dans son cœur.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==