La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

JUSTICE ET SOC!ALIS~IE 250 être prudemment étendue. Mais les idées général<:s lui manquent. Le détail obscurcit chez lui la vue de l'e11semble. " c·est << ne pas être assez pratique que de ne voir que la pratique.>> Le même reproche ne saurait l\Lreadressé à ~I. B. Malon qni sait sacrifiet· aux théories générales et aborder avec succès les questions de détail et d'application. Ses tendances pacifiques, son programme progressiste, sont très j usteme11t appréciés. - !.!ais M. Belot, exprime la crainte que ;,Jalon ne se laisse emporter au-delà de ses vues propres, qu'il ne soit entraîné â former des souhaits révolutionnaires et à subir l'influence des violents. Il en donne pour preuve le compte-rendu du Congrès d'Erfurt, dans lequel, tout en déclarant que la politique Marxiste du tout ou rien n'est pas la sienne, Malon termine en en souhaitant le succi>s.C'est là que se montrerait l'opposition qui existe entre les théories socialistes quo !'écrivain de la Rerne Philosophique n'est pas loin d'admettre et le parti socialiste dont les tendances ré\'olution11aires, rallurc menaçant<', les âpres conYoitises lui sembleut devoir l'emporter sur la modération et lïdéalismc des inspirateurs de la Revue Socialiste. Cc qu'on nous reproche aipsi qu'à notre maitre, c'est de ne pas rompre aussi absolument que possible, tant en théories qu'en pratique avec tous ceux qui ne renonceraient point franchement pour l'avenir à manier le fusil de l'insurgé. - :Xous croyons que c'est bien là le point fondamental de nos désaccords. Il importe de s'expliquer catégoriquement : Si 011 nous demande notre sentiment personnel, intime, la question est oiseuse. Peut-on supposer qu'un homme honnête, d"esprit sain, puisse souhaiter le retour des épouvantes de la guerre ci\'ile? La lecture faite il y a bien longtemps déjà, de l'ouvrage de M. Camille Pelletau: La semaine sanglante nous a laissé comme un affreux cauchemar do bestialité humaine déchaînée. Selon rcxpression de .M. Dumas fils << cc qu'il y a encore d'à quatre pattes,, dans ranimai civilis{•, se réYeilla alors. Cette volupté de la chair saigaan te et chaude qui dort dans l'obsenrité de nos instincts, cet énervement morbide qui noie quelqnefois les hommes dans la saoùlcric du meurtre et de la destruction s·exaltèrent alors ayec le fracas des fusillades sans _jugement. - Pendant que des soldats carnassiers travaillaient, brutes avcugks,en faveur de la propriété,de rordre et mémc de ce que l'on appelle la morale,les nôtres.comme ra dit M.de Mun << mouraient avec une sorte d'insolence »,l'insolcnccde l'héroïsme, ou selon !"expression de Mac-Mahon << avec un courage digne d'un meilleur sort. » Ces révolutionnaires tombaient, l'àme hautaine cl sans espoir de Paradis; ils me paraissent moralement

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