La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

251 LA REVUE SOCIALISTE 1·itage. Etes-vous riche? C'est le grand corrupteur. Il vous apprend la fainéantise. l'injustice; il crée des débaucheurs de filles et des faiseurs de coups de bourse. li fausse tout, asservit tout, jusqu'à l'opinion publique. « ... En ,·érité, je ris quand j'entends de braves gens réduire la question sociale à une pure question ouvrière. Elle est bien plus large, bien plus grave. li ne s'agit pas seulement d~ permettre aux ouvriers de ne pas mourir de faim.· li s'agit de briser la tyrannie de l'argent, de -détruire le privilège de la richesse, de trouver une forme de société qui réduise au minimum l'inégalité de fortune et qui l'empêche de se reformer. 011 n'est vraiment socialiste qu'à condition de travailler à cette œune-là ... » niais je me laisse entrainer. Je voulais seulement crier à M. Georges Renard : brarn ! et merci! l:lrarn, pour le beau et bon livre qu'il a écrit; merci. pour l'arme nouvelle dont il vient de doter la propagande socialiste. Nous devons plus qu'un compte rendt1 à la Conversion d'André .Saoenay; où les idées de la Revue Socialiste sont si éloquemment défendues et propagées. :'-lotre ami Eugène Fournière en fera l'objet d'une critique étendue et, nul mieux que lui, n'est qualifié pour cela. Mais, en attendant, nous avons voulu saluer la nouvelle œuvre de Georges Renard. :-lous ne saurions le faire mieux qu'en reproduisant la lettre-préface, qui pode cette suscription : A ALEXANDRE MILLERAND, Députe de Paris. « Vous m'avez pe1·mis, mon ami (etje vous en remercie cordialement), d'associer votre nom à la destinée de ce livre, qui est l'histoire d'une âme jeune et généreuse, amenée peu à peu, par le malheur, par l'amour, par la révolte de son honnêteté native, à sortir d'une élégante indifférence et à embrasser la cause de l'humanité souffrante. « Pour moi, j'ai voulu vous dédier cette œuvre de combat et de pitié, de charité virile et de tenace espérance, parce que. sans être de ceux qui ~ont condamnés de naissance ou forcés par la cruautê des choses à désirer une trnnsformation sociale, vous croyez, comme moi, cette transformation nécessaire, et que vous la souhaitez, comme moi, pacifique et progressive. « ,Je ne sais pas, et n'ai pas besoin de savoir si vous partagez toutes les idées émises au cours de ce volume; il me suffit que vous soyez, avec l'auh1rité d'un caractère et d'un talent également éprouvés, a1·ec l'énergie ~aime qui convient aux convictions sulides, le défenseur des petits, l'en1,emi des inégalités héréditaires, le partisan résolu des lois réparatrices, dont la démocratie contient la promesse et le germe. « On sera peut-ètre étonné de voir fraterniser ainsi dans un roman la politique et la littérature, deux ri,·ales habituées ces années dernières à se jalouser et à se décrier mutuellement. Mais j'estime que l'art. au lieu de s'isoler dans une olympienne sérénité, peut toujours et doit parfois se mêler à la lutte féconde d'où sortira l'avenir ; que le Beau est plus beau encore s'il réussit à être en même temps le Bien, qu'un écrivain, pour être

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