La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LA QUESTIOK SOCIALE DEVAXT LES CORPS ÉLt:S 247 loppemc_nt que nous avons pu assister en plein x1x• siècle à la création de tout.es pièces de nouvelles religions. Mais puisqu'il existe en France une question <lite de la séparation tic l'Eglise et de l'Etat et que _<'ette séparation, toujours agitce, mais jamais résolue. sert de moyen pohllque à une fraction de la classe clir1geante pour d1v1scr les travailleu1·s et les détourner de la poursuite de leurs véritables intèrê_ts de classe, nous <'t·oyons qu'il est temps d'en finir av"c ce dérirntif à l'unique problème de la sodéul ,·apitaliste, le nroblème social. Nous <lemandons. en conséquence, que les Eglises soient SPparèes de l'Etat par l'abrogation pure et simple <lu Concordat et ries artirles organiques; mais pour que cette r1f9rme ne soit pas un nou,.eau leu1Te. nous reprenons le <lé<'retde la Commnne rie Pal'is du 2 avril 1871 portant « retou1· à la nation des biens dits de main-morte, meubles et immeubles appartenant aux corporations religieuses », et nous y ajoutO!lS les « annexes in<lustrielles et commer<'e1-riales de ces corporntions », conformément à l'article 2 du programme au Parti ouvrier. Ce qui <'onstitue en effot la puissance politique du clergé. ce ne sont pas les misérables 50 millions ins<'l'its au bu<lget. ce sont les centaines de inilli_ons qu'il prélève <'haque année sut· la c,·è<lulité publique et sur l'exploitation directe des ouvri~rs et ùunières qu'il a embrigadés par milliers dans ses ateliers, ouvroi1·s et autres maisons dites de charité. C'est ce budget là qu'il faut supprime,· si l'on veut faire une véritable i:;:uet·re au <'léricalisme que Gambetta dénonçait comme l'ennemi et qne la, J:Sourgeoisierépublicaine n'a pas cessé <lecombler de toutes ses faveurs. ?-ious demandons encore autre chose, c'est que protégeant la libertP rie conscience de la classe qui n'a que son travail pour ,•ivre, la République inten·ienne pour empêcher les cmploveurs d'édifier ries chapelles pa1·- ticuliè1·es à l'intérieur de leurs explo1tations, d'enrôler dans des sociétés rie Notre-Dame de lTsine et de contraindre à des pratiques religieuses des milliers d'hommes et de femme placés entre la perte <le leur pain et le sacrifice ùe ]purs sentiments les plus intimes à la religion du maitre. Avant même de « séparer l'Eglise de l'Etat», il irnpo1-te, pour assm·er la libe1·tf'i<le <'onscienre rie la classe ouvrière. de « si!parer l'Eglise de l'atelier », sans quoi la supp,·ession <luburlget des <'ultes n'au,·ait d'aut1·e effet que ,1~ faire peser sur les seuls trnvailleurs tout le poids <lel'entretien des dive1·s clergés. Je vous soumets donc la proposition <le loi qui suit: Arti<'le P1·emier. - Le budget des cultes est aboli, ainsi que le Conco1·- dat et les articles organiques. Art. 2. - Les biens dits de main-morte, meubles et immeubles appartenant aux cor\iorations religieuses, y compris toutes les annexes inclustl'ielles et commercia es de ces co1·porations, sont di!clarés biens nationaux. Art. 3. - li est interJit à tout employeur collectif ou individuel d'ériger aucune <'hapelle particulière, d'eni·ôler <lans aucune sorii!tè religieuse et <lc soumettre les ouvl'iers et ouvriE'res à aucune pt'atique religieuse. Art. 4. - Les <'ré<lits1·endu~ clisponibles par la supp1·ession du budget des cultes sont affectés au budget de l'instruction publique pou1· être employés à éleve1· les tt-aitements des instituteul's et institutl'iC'es d_esécoles communales et pour procurer aux enfants de ces mêmes écoles des hnes, de~ vêtements et des l'Cpas gl'atuits. Art. 5 - La pt·opriété ecrlésiastique qui a fait retour à la nation sera ronsarrée exclusivement, capital et inté1·èts, à la création d'une caisse nationale de retraite pour les v,eillarcls et les invalides dt.: travail. Art. ü. - Toute contravention à l'art. 3 sera punie d'une amen,le de :ioo à 3,000 francs et, en cas de récidive, d'un emprisonnement de 15 jours à 3 mois. Quand le projet viendra en ùiscus,üon, Lafargue insistera certainement sur ces chapelles patronales qui doublent l'exploitation capitaliste d'une odieuse oppression des consciences ouvrières, et nous espérons qu'au moins sur cc point la majorité républicaine lui donnera raison.

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