La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

LU1'DIS SOCIALISTES 211 vengeresse sur le chaos des vieilles choses, sur tout cet amoncellement d'ignorance et d'iniquités, de souffrances et d'erreurs, qui se manifeste par le désarroi moral, par les servitudes personnelles et politiques de tout genre, par l'état de guerre entre nations et par ce fléau qui couronne tous les autres : l'exploitation de l'homme par l'homme. Ainsi, le mal est partout : dans les esprits comme dans les faits, dans les mœurs comme dans les institutions. C'est sur la société toute entière qu'il faut agir pour y mettre fin, et cela signifie que le socialisme, qui résume toutes les novations libératrices et justicières, doit revètir un caractère d'universalité, c'est-à-dire ètre i11tégral dans ses principes et dans ses aspirations. On ne saurait effectivement comprendre autrement le socialisme, lorsque l'on considère qu'il doit répondre à tous les besoins moraux et sociaux des civilisés, à ce moment de l'évolution progressive, où un rapide développement mental, les maturations historiques et les transformations techniques de la production et de la circulation des richesses, ouvrent devant la société moderne les portes d'or d'un ordre social de science, de justice et de solidarité. Car c'est bien de tout cela, d'une rénovation philosophique, politique et sociale qu'il s'agit; et pour un but si vaste, ce n'est pas trop d'ajouter à la force révolutionnaire, que dégage l'action formidable et grandissante des prolétariats militants des Deux Mondes,toutes les forces intellectuelles affectives et morales acquises par l'humanité consciente; en d'autres termes, toutes les connaissances acquises, toutes les bonnes volontés progressistes, toutes les aspirations généreuses, toutes les activités altruistes. Pour qui s'élève au-dessus des étroitesses sectaires et des exclusivismes de parti, il fait du socialisme le savant, le penseur qui trouve au fond de ses recherches, de ses méditations sur la nature des choses le mystère de l'évolution universelle, cette éternelle formation et transformation des ètres et des choses ; car ce faisant, il donne sa démonstration scientifique à la loi de solidarité, qui est à l'ordre moral et social ce que la loi d'attraction est à l'ordre physique. Il fait du socialisme celui qui, dans le livre, le drame, l'œuvre d'art ou le journal, apothéose les sentiments de justice envers les hommes, de pitié envers les amimaux, de compatissance envers tout ce qui souffre, car tout ce qui développe la bonté - la bonté trois fois sainte - est du socialisme. Il fait du socialisme, le progressiste qui travaille et combat pour la liberté de tous; car le socialisme tend à délivrer l'ètre humain, noblement soumis au devoir moral et social, de toute servitude, de tout arbitraire. Il fait encore du ·socialisme, l'altruiste pratique qui passe en faisant le bien, là secourant, ici consolant, plus loin fortifiant, partout luttant

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