La Revue socialiste - 1892 - Tome XV - vol 01

182 LA REVUE SOCIALISTE L'un des plus éminents écrivains socialistes de cc temps, c.;sar de Paepe, constate ce phénomène en ces termes : « En considé~ant cette pulvérisation du sol français, cet appauvrissement de la terre, cet envahissement de l'hypothèque (qui dépasse aujourd'hui le chiffre fantastique de 20 milliards} cette insatiabilité de l'usure, ou peut dire que le sol échappe au paysan, que la terre lui glisse des mains, et que la propriété fuit devant lni comme une ombre. Et voici qu'en même temps, un phénomène nouveau se manifeste. C'est l'association des capitaux appliquée à rachat du sol, l'anonymat agricole : C'est la constitution d'une nouvelle féodalité terrienne analogue à la féodalité industrielle. « l\"aguère,~f. llubert Delislc,faisait en pleine séance du Sénat frimçais, cette déclaration enthousiaste dont il ignorait probablement la véritable portée: « Le moment vient ou le capital français ne se dépensera plus que pour la France; l'argent. revient au sol. Ainsi dans la Gironde, ou a acheté tout récemment pour 12 millions de propriétés et presque tous les acquéreurs sont de grands noms financiers. Il y a autant de millions que de propriétaires. » « Et les faits de ce genre se multiplient. Encore quelques années et les chefs féodaux de la finance seront redevenus les chefs féodaux du territoire français. » C'est ainsi, en effet, que M. de Rothschild possède 200.000 hectares de terrain en France. A ce compte, il suffirait de 180 grands banquiers plus ou moins circoncis pour accaparer, inviduellement ou par syndicat, la totalité de notre pays. « Contre la concurrence que va lui faire l'indu~trie agricoleen grand - ajoute César de Paepe - le petit cultivateur propriétaire ne peut lutter: il faut qu·il disparaisse, comme déjà a disparu de l'industrie extractive le petit propriétaire de gisements houillers et de carrières. et comme disparait chaque jourde l'industrie manufacturière le petit patron ou le travailleur indépendant. » Ou en est actuellement cette reconstitution de la granJepropriété'? Les auteurs de la Question Agraire, ~Hl. Meyer et Ardant, vont nous le dire: « La vérité est que la Révolution française n'a ni créé la: petite propriété, ni détruit la grande; elle a ruiné de grands propriétaires, mais elle a fait sortir des rangs d'une autre classesociale des hommes qui out acquis les anciennes seigneuries ou constitu1\ à force d'argent, de nouveaux domaines. A la noblesse territoriale a succédé la bourgeoisie foncière. La première-

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