10 LA RE\TE SOCIALISTE vous soutenez naturellement. Supprimez souteneurs, prostitution, crime et misère, vous supprimez du même coup la haute bourgeoisie capitaliste. Détruisez cette dernière, et vous abolissez les rentiers d'en bas et leurs compagnes. Chevaliers du trottoir et chevaliers du Dividende, vous êtes les deux moitiés d'ur. même tout, les deux faces d'un même visage, les deux institutions nécessaires et fatalement issues l'une et l'autre d'une mème organisation sociale. Le régime économique actuel produit forcément des rentiers, des capitalistes, des financiers, comme il produit avec une égale fatalité des souteneurs, des prostituées, des bureaucrates oisifs, des armées permanentes, des criminels de profession. Vos bénéfices, rentes, revenus et dividendes sont faits de travail 11011 payé au tra,·ailleur. Là machine centuplant la productivité de l'effort humain fabrique d'énormes quantités de marchandises. Qui les consommera ? Je sais bien que vous faites des efforts méritoires, que vous sacrifiez votre santé au bien public. Tout votre zèle reste vain. L'ouvrier consomme pour le prix de son salaire, mais comme vous ne lui payez que la moitié de ce que vaut son travail, il ne peut absorber ou utiliser que la moitié des richesses par lui créées. Le reste est en trop, encombre les magasins, surcharge le marché, amène le chomage, la fermeture des ateliers, la misère. Plus sera grand le nombre des travailleurs, plus la concurrence entre eux sera intense, plus la main d'œuvre très offerte et peu demandée baissera de prix: par suite, le salaire payé représentera une part encore moindre des richesses produites, la consommation diminuera encore. Il faudra alors chercher des débouchés, conquérir Tunisie et Tonkin. afin de forcer les Annamites à revêtir des redingotes ou les Arabes à porter des gants. Joignez femmes et enfants à la troupe dolente des serfs de l'usine. accroissez le nombre des vendeurs de forcetravail à bas-prix, augmentez la longueur des journées, rendez plus ingénieuse et plus parfaite la division du travail, inventez des machines toujours plus merveilleuses d'activité et de fécondité, vous ne créerez pas la richesse pour tous, vous créerez la misère; vous diminuerez la part de la classe laborieuse en augmentant d'une façon monstrueuse les profits de quelques-uns. De nos jours la misère résulte non de l'insuffisance mais de l'excès des richesses. - Voilà le paradoxe éclatant, la contradiction intime de la Société actuelle. Il fallait étudier quelque peu l'Economie politique, vous auriez évité de semblables bè•ises. L'Argent prime tout, excepté la science. (( li y aurait, dit B. Malon, un moyen bien simple d'avoir une consom- (< mation fixe et suffisante, ce serait de payer aux producteurs des (< salaires en rapports avec la plus-value créée par eux : mais juste- « ment le système capitaliste a pour conséquence de diminuer la part « du travailleur en raison directe des progrès mécaniques ( 1). " - (1) Benoît Malon: Le Socialisme llltigral, Tome li, page 213.
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